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Littérature SF&F LES LIONS D'AL-RASSAN
L'auteur s'inspire visiblement de la Reconquista sans étirer le récit, toutefois, sur une aussi longue période. En Al-Rassan où cohabitent asharites, jaddites et kindaths - il ne faut pas chercher loin pour comprendre qu'il s'agit respectivement de musulmans, de chrétiens et de juifs -, le dernier khalife est assassiné par Ammar ibn Khairan, un homme que le destin promet à de bien grandes choses. S'ensuit une période d'instabilité politique et sociale dont des petits chefs d'États comptent bien tirer parti pour raffermir leur pouvoir et, pourquoi pas, l'étendre sur toute la contrée. Au nord, en Espéragne, les Jaddites se préparent à la guerre sainte qui devra les débarrasser de la présence asharite et kindath une fois pour toute. C'est dans cette période de troubles annonçant des changements profonds et irréversibles que se rencontrent pour la première fois trois âmes soeurs: Ammar l'asharite, Jehane la kindath et Rodrigo le jaddite. Autour d'eux évoluent leurs soldats, leur famille, leurs souverains respectifs, autant d'hommes et de femmes paraissant sortir des contes des Mille et Une Nuits. De belles, d'impossibles amitiés se nouent, se défont. Il y a les inévitables complots, les meurtres, la juste vengeance. Le récit est palpitant: ou le lecteur lit tout d'une traite, ou il doit s'obliger à fermer le livre afin de faire durer le plaisir. Les personnages sont légion et leurs noms complexes posent une petite difficulté au début de la lecture. On s'y fait rapidement. Ils sont plus grands que nature, on les aime tout de suite - sauf peut-être les "méchants" que l'on espère ardemment voir mourir de la façon la plus désagréable possible. Bien souvent, les voeux du lecteur se réalisent. Mais l'auteur ne fait pas que des compromis. Dans un univers aussi troublé que celui des "Lions", tout le monde ne peut pas se la couler douce indéfiniment. L'honneur et la loyauté reviennent souvent au fil de l'histoire. Si ces qualités fort louables font parfois se croiser des chemins étonnants, elles finissent aussi par s'y mettre en travers. Dans cette perspective, la relation entre Ammar et Rodrigo, que tout devrait séparer à cause de leurs allégeances, est particulièrement touchante. Quant à Jehane, qui complète bien malgré elle un triangle amoureux, on souhaiterait tomber sur ce genre de personnage féminin plus souvent. Le roman est par ailleurs d'un égalitarisme rafraîchissant. On en vient presque à imaginer une adaptation au cinéma, mais il est évident qu'une réécriture pour le grand écran gâcherait le style de l'auteur et la construction de l'histoire. En effet, une partie du récit repose sur des nuances que le lecteur doit apprendre à déchiffrer. Les dialogues, même les plus humoristiques, sont truffés de remarques indirectes, de non-dits, de sous-entendus, de regards échangés et lourds de sens. Certains chapitres si sont habilement construits que le lecteur se fait avoir sur toute la ligne. Dans une scène remarquable, des assassins sont envoyés aux trousses d'un personnage. Un combat s'engage, il y a mort d'homme. Consternation générale chez les amis de la victime qui ne peuvent empêcher l'inéluctable. Le lecteur est aussi sous le choc, il s'identifie que trop bien au sentiment de tristesse qui s'abat sur le groupe au point que la frustration le gagne. Comment l'auteur a-t-il pu OSER se débarrasser d'un personnage si intéressant, si aimé, si... mais au fait, qui est mort? Le lecteur n'apprend l'identité du défunt qu'au chapitre suivant! Le récit se termine sur une conclusion émouvante et douce-amère. La traduction, tout en finesse, est d'Élisabeth Vonarburg. Laurine Spehner Liens "littérature S-F" ![]()
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