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Cerebus, Le fourmilier qui choque par Alain Boisvert Astérix, Tintin et Lucky Luke ont probablement égayé votre enfance, tout comme moi. Puis, un jour, vous vous êtes dit que les images, c’est pour les enfants, et vous avez passé à autre chose. Les uns ont jeté leur dévolu sur des romans plus " sérieux ", les autres ne jurent que par le cinéma. Bien peu ont gardé leur amour pour cet art fascinant qu’est la bande dessinée. Ils passent donc à côté de purs délices, par snobisme ou simple désinteressement. Pourtant, de grands auteurs se sont intéressés à la BD ces dernières années, décidant que les adultes aussi pouvaient aimer voir et lire en même temps, créant des livres dont le texte n’a rien à envier à la littérature, et l’image à l’oeuvre d’art. Je ne veux pas disserter ici sur les vertus du médium. Ce que j’aimerais, c’est vous parler d’une oeuvre colossale, bien que très peu connue. Il s’agit de Cerebus, de l’Ontarien Dave Sim. 25 ans sur la même oeuvre... Pour bien comprendre l’oeuvre, il faut en connaître la genèse. En 1977, un jeune artiste crée Cerebus, un fourmilier barbare qui évolue dans un monde d’homme, dans un univers qui relève à la fois de Conan et de Howard the duck. Comme pratiquement tous les auteurs de comics, Sim commence par raconter les aventures de Cerebus, des histoires sans suite logique qui pouvaient être lues dans le désordre. Le plus souvent, il s’agissait d’épisodes épiques dans lesquels Cerebus, contre toute attente, arrivait à déjouer ses adversaires en utilisant une ruse géniale. Après une dizaines de ces aventures, Sim a une inspiration géniale, et déclare à qui veut l’entendre qu’il réalisera 300 numéros mensuels de ce qui sera la VIE de Cerebus. Autrement dit, une histoire qui se suit, pendant 300 mois. (25 ans!) Le personnage doit donc évoluer, et il le fait drôlement. Ne s’intéressant au début qu’à l’alcool, l’or et les combats, Cerebus acquiert au cours de l’histoire un goût pour le sexe, le pouvoir... et une jeune fille qui l’obsèdera longtemps. Des dizaines de personnages secondaires viennent agrémenter le tout, ajoutant beaucoup d’humour à cette saga socio-politique. Mentionnons surtout " The Roach ", héros aux multiples personnalités qui change d’identité comme Cerebus de bouteille de whisky, ce qui donne lieu à de savoureuses parodies de Batman, Spiderman, Sandman, etc. Peu de gens ont cru que qu’on pouvait tenir le pari de raconter la même histoire pendant 25 ans. Aujourd’hui, Dave Sim vient de conclure " Guys ", 11ième recueil de la série, 20 ans après son commencement. Il devrait la terminer au début du prochain millénaire... ...Sans éditeur! Un tour de force? Attendez, ce n’est pas fini. Sim a réalisé un autre exploit. Ses comics sont imprimés chaque mois à compte d’auteur, par sa maison d’édition, Aardvark-Vanaheim. De débuts forts modestes, le tirage est passé à des milliers d’exemplaires. Même dans les moments difficiles, Sim n’a jamais accepté de vendre ses personnages ou de se plier à une politique éditoriale. Dans notre environnement politiquement correct à l’extrème, c’est pour le moins rafraîchissant. Des gestes qui choquent Par exemple, quand Cerebus, après un concours de circonstances qu’il serait long d’expliquer, devient Pape, sa première réaction est d’obliger les gens à lui amener tout l’or qu’ils possèdent. Il sort de l’hôtel où il a élu domicile pour haranguer la foule et une femme ne cesse de lui demander de bénir son bébé. Cerebus, après l’avoir endurée pendant un certain temps, la regarde et lui dit: " je vais faire ce que vous voulez, et je vais vous apprendre une leçon de vie. " Il prend le bébé, le bénit, et le lance le plus loin possible. Devant la mine horrifiée de la mère, il dit tout simplement: " Voilà. La leçon est que dans la vie, même quand on obtient ce que l’on veut, parfois on est déçu. " Dargaud ou Casterman auraient peut-être osé publier une telle chose, mais aucune maison d’édition anglo-saxonne ne s’en serait sortie indemne, et Dave Sim le sait. Il a donc choisi le chemin le plus difficile, et jusqu’à maintenant, ça fonctionne très bien. Mysoginie à part, le sage avait raison ![]() Dernièrement par contre, le tirage de Cerebus a baissé considérablement, suite à la parution de Reads, 9ième recueil de la série. Il est formé d’une part par la continuation de la vie du héros, et d’autre part par un très long texte dans lequel Sim explique les fondements de sa mysoginie. Le " problème " avec Sim, c’est que s’il écrit merveilleusement bien de la fiction, il a aussi un immense talent de rhétoricien, et les arguments qu’il avance, bien qu’ils soient durs, cruels et abjects, n’en sont pas moins logiques et conséquents, ce qui a choqué un grand nombre de lecteurs et, surtout, de lectrices. Étant donné que les femmes constituent à peu près la moitié de son lectorat, -ce qui, la plupart du temps, garantit la qualité d’une oeuvre graphique- Sim a vu ses ventes diminuer de façon évidente. On s’en fout, c’est bon! Quoi qu’il en soit, rien de ce que Sim pourrait dire -Les gens qui parlent français dans le pays de Cerebus parlent en fait le lower feldan; après tout, Sim est un Ontarien!- ne me fera arrêter de le lire. Son style, autant littéraire qu’artistique, est unique, sa narration relève autant de la poésie que de la philosophie, et il a publié une des oeuvres qui m’aura donné le plus de satisfaction, tous médiums confondus. Évidemment, ce n’est pas pour tout le monde. Il était temps, non? Cerebus sur le web!
Cerebus the Aardvark
Alternative Comics Operation Crazed Ferret : animation The Dave Sim Misogyny Page |
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