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Les Vengeurs en chapeau melon et bottes de cuir
Par Hugues Morin
En guise d'introduction, peut-être
Il y a toujours, bon an mal an, quelques productions qui attirent plus mon attention que d'autres, pour des raisons diverses et pas nécessairement liées à la promotion d'un film. Certes, j'attends toujours avec impatience les prochains Woody Allen ou Quentin Tarantino, mais pour l'été 1998, alors que tous attendaient Godzilla ou Armageddon, ou encore Halloween H20, moi, j'attendais The Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuir, en version française). Raison première: J'aime beaucoup Uma Thurman et Ralph Fiennes, ce qui est exceptionnel dans mon cas car je m'attarde d'abord au réalisateur et scénariste en général, avant de considérer les interprète. Mais il y a des exceptions et Ralph et Uma en sont. Je présume.
De la série, sans doute
Je n'ai eu le loisir de voir que quelques épisodes de la série originale The Avengers. Bien évidemment, ceux que j'ai vu m'ont beaucoup plu. Détails qui me plaisent particulièrement dans cette affaire? L'humour très british, d'abord et surtout cet espèce de surréalisme des intrigues et de la réalisation. Notons par exemple l'absence ou la quasi-absence de figurants tels que des piétons, au moment où l'action se déroule dans les rues de Londres. Bref, je m'amuse beaucoup lorsque je découvre un épisode que je n'ai pas encore vu et donc, conséquemment, l'attente d'un tel film, je parle ici d'utiliser cette ambiance particulière et ces personnages savoureux pour faire du Cinéma (on note assurément la majuscule), ne pouvait qu'être intéressante. Cette série m'attire parce qu'elle a un style unique et que ses dialogues étaient souvent farfelus, un trait que j'adore dans toute production. Mais il serait hasardeux d'y voir une règle absolue.
The Avengers, donc. Petit rappel pour les gens de ma génération qui n'étaient pas nés au moment de sa première diffusion. Grosso-modo, on peut distinguer 5 périodes de The Avengers. Première période: 1961. Le personnage principal est David Keel et son assistant est John Steed. Seconde période: 1962 à 1964: John Steed est le héros, et sa compagne de travail est Cathy Gale (vêtue de cuir). Troisième période: 1965-1967. Naissance du mythe relié à la série (la plupart des épisodes antérieurs ne passeront pas à l'histoire) et arrivée de Emma Peel, épisodes tournés en 35 mm et adoption d'une charte des épisodes stipulant entre autres qu'aucune femme ne peut être tuée, qu'il n'y aura plus aucun figurant et que l'univers où évoluent les protagonistes n'aura pas l'air réaliste. Pas de races, pas de drogues, pas de problèmes sociaux. Bref, un monde de contes de fées. Une Angleterre parallèle... fantastique, même. Et arrivée de la couleur pendant cette période. Quatrième période: 1968-1969. Départ de Emma Peel et arrivée de Tara King. Dernière période (peu heureuse). Diffusion de The New Avengers en 1976-1977 avec comme acolytes Purdey et Gambit.
En toute logique, donc, c'est le duo John Steed / Emma Peel que l'on a retenu pour adapter la chose au grand écran. Oui.

De l'adaptation de séries télévisées, n'est-ce pas?
The Avengers n'est, après tout, pas la première série (ni la dernière) à être adapté au grand écran. Et malgré le grand nombre d'adaptations récentes, c'est toujours une entreprise qui comporte un risque assez grand, d'après moi. D'abord parce qu'on ne tourne pas au cinéma comme pour la télé et que ce qui fait le charme d'une série télé ne passera pas nécessairement au cinéma s'il n'est pas modifié pour ce médium. Ensuite, bien entendu, parce qu'on ne peut pas se contenter de faire un épisode un peu plus long d'une série, puisque contrairement aux séries télé (qui n'ont en général qu'un début fort relatif et souvent pas de réelle fin), le cinéaste doit avoir une histoire, un début et une fin. Ainsi, comme on ne peut pas faire pareil, et qu'on n'a pas les mêmes acteurs (sauf pour de rares exceptions), les amateurs devront digérer ces différences pour apprécier le film. Généralement, cette digestion ne s'opère pas (sans vouloir tomber dans la métaphore chirurgicale) et les amateurs reprochent au film de trahir l'esprit ou encore la forme de la série télé.
Prenons un exemple. Tiens. Mission: Impossible (et il ne s'agit pas ici d'un jeu de mots). Bien sûr, il y a trahison de la série. On apprend que l'IMF relève de la CIA alors que dans la série, on la croyait indépendante. Ils foirent un coup (au début) alors qu'ils ne ratent jamais rien dans la série. En plus, Phelps trahit l'IMF, alors qu'il est le héros de la série! Sauf que ce sont là des détails. De mon point de vue (d'amateur de la série). Le plus important dans ce film, ce qui trahit le plus la série en réalité, c'est l'action dans les scènes finales du film. Car dans la série, il n'y avait jamais d'action. Que de la tension. élément fort différent, n'est-il pas vrai?. Et dans le film, cette tension est exploitée avec brio dans la fameuse scène de "suspension" de Ethan Hunt. Mais pas à la fin. Autre trahison de l'esprit de la série. Le personnage de Hunt est l'expert du déguisement, de la transformation, ce qui correspond à celui interprété par Martin Landau dans la série. Or, ici, Hunt se sert surtout de latex et de machins qui le transforment réellement alors que le personnage de la série y allait de quelques détails et modifiait son allure, son comportement.
Enfin, pour clore cet exemple, puisque toute chose a une fin (n'entrons pas dans le débat des choses bonnes ou mauvaises), ai-je aimé le film? Bien sûr. évidemment, puisque c'est un bon film! DePalma ne pouvait pas faire exactement comme dans la série, puisqu'alors, il en aurait fait un simple épisode de deux heures, ce qui aurait déçu tout le monde, puisqu'on s'attend à plus que ça de la part du cinéma. Précisément. Et c'est incontournable. à moins de faire du cinéma comme de la télé, à la chaîne, en prévoyant plusieurs épisodes. Prendre Star Trek à titre d'exemple. On a beau traiter le scénario des films comme ceux de la télé, puisque l'on sait qu'il y a eu des épisodes précédents et qu'il y en aura des suivants. Guère intéressant, comme attitude. En réalité, pourquoi ne pas tourner ces films-là pour la télé? Attitude qui est impossible avec des adaptations uniques, puisque l'on parle d'adaptation et non d'extension (ce dernier cas étant celui de Star Trek et de The X Files. Par exemple).

Des faiseurs, des photos et de la bande annonce, semble-t-il
Bon. Le projet d'adapter The Avengers au cinéma n'est pas nouveau. On s'en doute. Il date de 1985. Je n'en ferai pas l'historique qui est peu pertinent ici, mais je parlerai de mon attente de ce film. On annonce enfin que le film se fera bel et bien. Et que Jeremiah Chechik en sera le réalisateur. Le bonhomme a un passé inégal, dont le remake des Diaboliques qui ne laisse rien présumer d'exceptionnel. Par contre, il s'agit d'un canadien, et donc pas d'un américain, sans vouloir pléonasmer inutilement. Imaginons un instant un Joel Schumacher à la tête de cette production. Juste l'idée donne des sueurs froides. N'est-ce pas? Bref, d'abord du bon et du moins bon. Par contre, on précise que son casting idéal serait Ralph Fiennes et Uma Thurman. Presque trop beau. La production voit les choses autrement, bien sûr. Il y a discussions (notamment avec Nicole Kidman), mais ce sont les deux acteurs voulus par Chechik qui sont retenus. Ça c'est une très bonne nouvelle. Pour moi, assurément, en tous cas, puisque j'aime beaucoup ces deux acteurs, tel que mentionné en intro. Enfin, Sean Connery en méchant (une des très rares fois dans sa carrière) n'était pas non plus sans me déplaire. Joli clin d'œil à 007. L'autre agent secret britannique.

Enfin, près d'un an avant la sortie du film, des photos commencent à être diffusés en revue et sur Internet. Vraiment, l'attente commence à être passionnante. Je constate deux choses. Sur certaines photos, on remarque des machins super-technologiques (style années 2005 mais pas sérieuses du tout). De une. Sur d'autres (par exemple les voitures), on a l'air d'être dans les années soixante! De deux. Soudain, je réalise que je suis déjà conquis par ce style-là. Qui correspond pour moi à l'esprit que je retrouve dans la série. C'est-à-dire une oeuvre qui frôle la parodie sans jamais l'atteindre, et qui possède cette sorte de surréalisme issu de détails comme cette intemporalité des décors et objets.
Plusieurs mois avant la sortie, la bande annonce est disponible sur le Net. Joie. Je télécharge et m'amuse comme un petit fou à son visionnement. Au fait, quelqu'un peut me dire pourquoi ce mot n'existe pas? Visionnement. Visionnement. Enfin, pour revenir à mes moutons pas électriques, on retrouve dans cette bande-annonce-ci l'esprit que je recherche et que j'aime. Je crois que je ne serai pas déçu.
De l'attente d'un film, justement
Comme à chaque fois où un film retient plus mon attention, l'attente en soi est quelque chose d'agréable. C'est comme l'attente d'un événement, d'un voyage... bref, un peu comme le désir. Sans doute. Et ne dit-on pas que le désir est plus fort que l'acte lui-même. Ou du moins plus passionnant parfois? Il y a un peu de cela avec The Avengers. J'aimais bien devoir attendre. Découvrir les morceaux du film grâce à quelques images ou informations. Mais tout en sachant très peu de choses. Finalement. Je me plaisais à revoir la bande annonce. à surveiller le site internet. à feuilleter les revues de cinéma où l'on parlait du film. Etc.
Bien évidemment, cette attente devait bien aboutir au visionnement (encore ce mot) du film. Oui, le film en question, bien sûr. Même si, paradoxalement, qu'il soit bon ou mauvais avait moins d'importance que l'on pourrait le croire. En effet, l'attente avait été à elle seule si passionnante, que même si le film m'avait déçu, j'en aurait conservé un excellent souvenir. Intéressante constatation, non? Dans ces circonstances, pouvait-il me décevoir? Oui, certes, il pouvait. Ça arrive même lorsque l'on est aussi bien prédisposé envers un film. Angoisse, donc. D'être déçu malgré l'attente si agréable.
Du film, donc, oui
J'ai finalement vu The Avengers jeudi le 20 août dernier (hier, puisque j'écris ce texte vendredi le 21, on me pardonnera autant de familiarité). Mon verdict? Superbe. J'ai adoré chaque minutes de ce film. Réellement. Un pur plaisir de cinéphile. Et d'amateur (peu éclairé, il est vrai) de la série. J'entends déjà des hurlements (le film n'a pas eu très bonne presse en Amérique); ça trahissait la série! Eh bien oui. En quelques détails. Et c'était inévitable, tel que démontré plus haut. Mais ça ne trahissait pas l'esprit de la série. Et cet esprit, ce style intemporel et dépouillé, surréaliste, il est superbement transposé sur grand écran. Oui. Le seul hic est la durée: trop court!! Les dialogues sont savoureux, les relations ambiguës Steed/Peel sont parfaitement dans l'esprit de la série et très bien rendues par le duo Fiennes / Thurman, les décors sont originaux, bref, j'ai passé un excellent moment de cinéma. Excellent moment. Ah, on me dira que Steed et Peel ne s'embrassent jamais dans la série (ce qui est relativement faux, voir le dernier épisode avec Emma Peel: ambiguïté toujours) et qu'ils le font dans le film. Ah oui? Pas certain. Puisque l'affaire dépend du point de vue, comme le démontre Steed par la suite avec son histoire de pièce à conviction! Un peu comme pour LE baiser dans la série. Donc. Ambiguïté. C'est simple, j'ai eu l'impression d'avoir un sourire béat sur la visage tout le long de la projection! (Ah, cette scène avec les Teddy Bear! Et que dire de la convocation de Peel via la boîte de chocolat? Savoureux? (sans vouloir faire cette fois une métaphore trop sucrée). Et cette scène d'anthologie où Steed rencontre Jones l'invisible). Savoureux, voilà le mot qui résume tout ce film, même si je me répète un peu. Tout de même.
Pour ceux qui n'ont pas vu le film (ils ne savent pas ce qu'ils manquent, là ils vont le savoir!); voici le résumé de l'intrigue: Les agents Emma Peel et John Steed doivent protéger l'Angleterre et le monde entier des visées d'un aristocrate mégalomane capable, au sens propre, de faire la pluie et le beau temps. Bref, de déclencher des catastrophes climatiques où il veut et quand il veut et qui réclame donc que tous les pays du globe lui achètent désormais leur climat!
Ce synopsis est révélateur de cet esprit particulier qu'avait aussi la série, puisque dans cette dernière, les intrigues "policières" en tant que telles n'avaient somme toute que peu d'importance. Et pour ce qui concerne les épisodes où époques que j'ai pu voir, (périodes Emma Peel et Tara King), l'idée même derrière les intrigues était de plus en plus ténue et frôlait de plus en plus le fantastique au fil du temps. D'ailleurs, le méchant Auguste de Wynter est un personnage récupéré de la série, si je ne m'abuse (épisode que je n'ai pas vu, malencontreusement).
Enfin, et le cinéphile en moi aime aussi beaucoup; le film n'est pas sans quelques clins d'oeils, notamment la présence de l'acteur Patrick Macnee (le John Steed de la série télé) dans un caméo des plus amusant. Un des clin d'oeil les plus brillants et approprié que j'ai pu voir au cinéma (je n'en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise).
En guise de conclusion, apparemment
Le film n'a pas eu bonne presse en Amérique. Hum. "Normal puisqu'il est bon". Aurais-je envie de dire. Mais ça serait pousser le cynisme un peu trop loin. Inutilement. Il n'a pas eu bonne presse pour une raison qui me semble assez simple (outre le fait que la majorité des gens ne connaissent pas la série d'origine): La style british et le dosage à y voir entre premier degré et parodie ne passent pas forcément bien pour les américains (au sens large) habitués à Armageddon et autres méga-machins-choses-qui-explosent-de-partout. Et surtout, à des films qui ont une sorte de scénario réaliste et linéaire. En Europe, les perspectives semblent bien meilleures, d'après les revues là-bas. Je l'espère. Pour le film. Car il mérite de passer à l'histoire comme un excellent film. J'insiste. Si. C'est bien simple, pratiquement toutes les scènes comportent des trouvailles, des détails amusants. Le genre de choses que l'on voit généralement dans une ou deux scènes d'un film "ordinaire" et qui en fait une scène d'anthologie. Un film d'anthologie. Un film-culte? Pour moi si. Assurément.

Après cela, nous pourrons retrouver Ralph Fiennes dans Oscar and Lucinda. Quant à Uma Thurman, elle joue dans le prochain Woody Allen (Woddy Allen's fall 98 project). Intéressante, nouvelle, n'est-il pas vrai?
Quelqu'un veut du thé?
Quelques liens avec votre thé?
Site officiel du film en version anglaise
Site du film en version française
Sites consacrés à la série:
The Avengers (en anglais)
Chapeau Melon et Bottes de Cuir (en français)
Cette page a été imaginée et composée par Hugues Morin.
Certes, le Copyright est Hugues Morin. 1998, cela va de soi.
Crème et sucre avec le thé?
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