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Contact — Réussi!
Disons-le, d’entrée de jeu, mes attentes étaient élevées. Un film de SF basé sur un roman du très compétent et très apprécié Carl Sagan, avec Robert Zemeckis aux commandes et Jodie Foster comme interprète principale, le projet avait de quoi créer des attentes.
Dès la scène d’ouverture, un magistral travelling arrière qui part de la Terre et traverse le système solaire, pour reculer à travers les galaxies, j’étais content. Content du plaisir dégagé par cette scène d’anthologie, qui marie à la perfection de superbes effets visuels à un montage sonore impressionnant. On comprend que l’on remonte le temps à mesure que l’on s’éloigne et on ne peut que trouver ça génial comme entrée en matière, même si on n’a pas encore vu le reste du film! Et puis cette "introduction" nous démontre que le film sera fait avec sérieux (autant techniquement que scientifiquement), ce qui n’est pas pour déplaire à l’amateur de SF qui se voit constamment déçu par les films du genre.
La première partie du film est un peu lente, ce qui pourrait déplaire aux habitués des productions hollywoodiennes où tous les personnages sont brossés en deux prises rapides avant de passer à la véritable "action". Ici, la longue introduction sert surtout à bien cerner le personnage de Ellie (Foster), ce qui permettra de comprendre profondément ses décisions par la suite. Elle sert aussi à camper d’autres personnages importants (le Prêcheur et le "patron" de Ellie, entre autres).
Puis, la scène du Contact, le premier, celui de la réception du message. Ici aussi on a à faire à une scène très forte. Tous les spectateurs savaient que ça se produiraient dans ce film, mais ni quand, ni comment. Zemeckis réussit à garder le suspense nécessaire à l’avènement de cette scène, et après-coup, on peut constater que sa longue introduction a aussi servi à cela : dérouter suffisamment le spectateur pour ne pas qu’il sache précisément quand aura lieu le premier contact, et donc qu’il apprécie cette scène à sa juste valeur.
Tout le reste du film se déroule à la vitesse Grand V. Zemeckis, qui n’est pas le premier venu (mentionnons les célèbres Forest Gump, Back to the future et Who frammed Roger Rabbit), nous offre un film extrêmement bien réalisé. La cinématographie, les prises de vues, les travellings, toute la réalisation est un régal pour l’amateur de cinéma. Les effets spéciaux sont excellents, du vaisseau aux scènes du "voyage" de Ellie (superbe, l’idée du décalage de pensées pendant le "trajet") en passant par les mélanges de films d’anthologies, techniques que Zemeckis avait déjà utilisé avec Forest Gump. Ces effets sont surtout suffisamment discrets dans leur réalisation pour qu’ils ne prennent jamais le pas sur l’histoire qui nous est racontée. Côté interprétation, justement, Jodie Foster accomplit (encore une fois) un sans faute. Impeccable, crédible, d’une justesse à toute épreuve, son interprétation est brillante. Notons aussi pour l’amateur français, qu’elle se postsynchronise elle-même également, ce qui ajoute à sa prestation pour qui voit le film en traduction.
Contact se verra reprocher deux choses. La première, c’est qu’à part le personnage de Ellie, tous les autres personnages sont stéréotypés. On a le Prêcheur beau et célibataire, auteur et conseiller spirituel à la Maison Blanche, le méchant patron qui n’hésite pas à mentir pour arriver à ses fins, le père d’Ellie, absolument parfait, le méchant qui travaille pour le gouvernement, le gentil aveugle qui a un sixième sens, etc. Je dois avouer que je n’ai pas remarqué cet aspect lors de mon premier visionnement, mais qu’un ami (un certain Anachorète — qui a boudé son plaisir ;-) me l’a fait remarquer lors d’une discussion subséquente. Je ne crois donc pas qu’il s’agisse d’un élément qui puisse réellement nuire au film, surtout auprès du public général et pas seulement auprès de celui plus exigeant des amateurs de SF. Cet aspect du scénario explique par contre pourquoi aucun des autres interprètes n’arrive à briller réellement dans son rôle, même pas Matthew McConaughey qui joue le Prêcheur trop parfait. Chacun est correct, mais sans plus.
Le second reproche que l’on fera à Contact découle d’un choix de l’auteur (Sagan d’abord, Zemeckis ensuite). Ce choix, c’est de traiter des multiples aspects du contact véritable avec des entités extra-terrestres (donc pas à la Independance Day!). Je parle ici des aspects autres que scientifiques, i.e. les nombreuses questions philosophiques et religieuses qu’une telle découverte implique. On pourra toujours ne pas apprécier la sentimentalité cosmico-mythique de toute l’affaire, mais je crois que ce qui distingue justement Contact des autres films sur ce thème, c’est son ouverture d’esprit, à la fois sur le fond de la question (le film évite de prendre position) que dans la forme(le film traite des multiples impacts du Contact sur la population). Une scène absolument superbe découle de ce choix; celle de la "cour des miracles", alors que Ellie traverse un immense rassemblement de divers groupes dans le désert. Cette scène relève d’une sorte de surréalisme qui résume bien l’esprit de Contact dans son ensemble.
Ce traitement de tous points de vue, les impacts comme les groupes extrémistes ou les profiteurs, c’est ce qui donne à Contact une dimension plus universelle que les habituels films de SF sur ce thème pourtant usé. C’est aussi ce qui le distingue de ces prédécesseurs.
En sortant de la projection, je n’ai pas hésité à consacrer Contact meilleur film de SF des dix dernières années, c’est dire mon enthousiasme! Après réflexion, je peux difficilement reculer de ma position. En effet, si on remonte les dix dernières années cinématographiques en SF, on ne trouve que peu d’aspirant au titre. Le seul, en fait, qui peut réellement prétendre à ce titre est 12 Monkeys. Et en fait, le seul reproche que l’on puisse faire à ce dernier film par rapport à Contact, c’est qu’il ne s’adresse presque exclusivement aux amateurs de SF alors que Contact touchera un public beaucoup plus large. De plus, le non-amateur de SF se cache derrière le "on sait que ça ne se peut pas" avec 12 Monkeys, ce qu’il peut faire difficilement avec Contact, tant la trame des événements est crédible.
Et c’est cette crédibilité (scientifique comme sociologique) qui me fait mettre Contact en haut de la liste. Ce film prouve au grand public qu’on peut faire de Grands Films avec un film de SF (ce que les amateurs savaient déjà, mais que le grand public ignore encore!). Avouons que ça change des Independance Day, Congo et autres Attaques de tomates mutantes!
Hugues Morin

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