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PART 2
Par Benoît Chénier

J’ai parlé l’autre jour de ma liste des plus mauvais films, nommant une dizaine de titres qui se laissent quand même regarder dans le but de profiter d’étranges heures de divertissement.


De l’autre côté de l’arc-en-ciel, il y a les films dont on ne peut se passer. Vous êtes sûrement comme ça vous aussi. Des films-cultes personnels, des " guilty pleasures " comme on dit en chinois. Ce ne sont pas nécessairement tous des bons films ou des classiques établis, mais ils ont marqué notre vie d’une manière ou d’une autre, et après le 67e visionnement, on ne s’en lasse pas encore. (O.k., STAR WARS est un film-culte, mais il est embrassé par une grande majorité d’amateurs. Ici, je parle d’oeuvres un peu plus confidentielles au niveau populaire.)


Je vais faire à peu près comme l’autre fois et vous étaler une liste de 10 titres de cult movies personnelle. Mon objectif n’est pas de vous conter ma vie (parce que je sais que vous êtes tous et toutes très sensibles), mais peut-être juste de tenter de situer pourquoi tel film m’a tellement marqué. Ma prochaine liste éventuelle contiendra les 10 films que je considère les meilleurs dans le genre qui nous intéresse (horreur/fantastique, sci-fi, B Movies, bladebla...). Me restera la liste d’épicerie.


Le but de ces interminables listes n’est pas de vous convaincre de quoi que ce soit, mais seulement établir un forum de discussion. J’espère seulement que vous me ferez parvenir les vôtres, toujours en gardant à l’esprit de tenter d’inclure des titres originaux et surprenants; également vous pouvez commenter les miens. Dans ma dizaine, il y en a peut-être une couple qui n’apparaissent pas évident à disséquer dans une telle revue, mais vous verrez. Cette fois-ci, je ne ferai pas mon truc habituel " Scène du film:... ", car c’est souvent impossible/injuste dans ces cas d’en choisir UNE plus qu’une autre.



On commence, dans le désordre habituel:



DESTROY ALL MONSTERS!
(1968)

À ma connaissance, voici le film que j’ai le plus souvent vu dans ma vie (et qui donne une bonne impression de mon existence en général). Au début des années 70, j’étais un ti-caille qui allait au primaire comme bien d’autres. Pour des raisons qui à ce jour demeurent obscures, j’ai dû m’absenter de l’école pour maladie, une journée plate style un mardi de janvier, par exemple. J’avais un pyjama avec des petits joueurs de hockey dessus et je pitonnais (à l’époque, pitonner consistait à se lever et tourner le bouton du poste du téléviseur, et on avait à peu près 4 choix et demi). À cette époque mémorable, Radio-Canada (au " 2 ") présentait des films pratiquement chaque après-midi de la semaine, un choix étonnant qu’on ne revoit plus depuis des années. J’ai vu des trucs stupéfiants comme BOB LE FLAMBEUR, DOUZE HOMMES EN COLÈRE, L’ASSASSINAT DU PÈRE NOËL, NOUS MAIGRIRONS ENSEMBLE avec Peter Ustinov, des vieux Jean Gabin, Fernandel, mettez-en. Toute une cinémathèque, croyez-le. Après le film, on se farcissait un intermède européen silencieux d’une couple de minutes, style la fabrication de poupées de bois en Norvège, puis on passait à Bobino.


Pour revenir à mon sujet, Radio-Canada chavirait parfois du sublime au ridicule, du stupéfiant à l’extatique. Ce que tout le monde considérait comme une oeuvre puérile et secondaire, DESTROY ALL MONSTERS! (LES ENVAHISSEURS ATTAQUENT, en français) allait probablement me donner le goût à un cinéma de divertissement encore inconnu. Ce film de science-fiction japonais, parfois plus ambitieux que réussi, était tout un Greatest Hits de populaires monstres géants de caoutchouc, le studio Toho ayant réuni ses poulains les plus célèbres avec Godzilla en tête. Ces créatures habitaient Monster Island et furent un moment donné possédées par des envahisseurs de la planète Kilaak. Alors, chaque grande capitale est attaquée par un monstre différent. L’humanité doit se défendre sur plusieurs fronts, ayant même l’audace d’envoyer un vaisseau spatial super-duper pour contrer la menace à sa source. Way to go, boys!


Mes yeux héberlués de l’époque n’ont jamais oublié quantité d’images de cette super-production, qui me hantent encore à ce jour: le premier tour de pistes des monstres sur l’île, alors qu’ils sont présentés l’un après l’autre; le professeur qui se suicide en se jettant en bas d’une falaise, alors qu’on voit revoler une petite poupée bien raide le représentant; la tache de sang sur la main de la fille alors qu’on lui arrache sa boucle d’oreille la tenant sous l’emprise des extra-terrestres; Rodan qui survole le Kremlin; l’Arche de Triomphe qui menace de revoler en morceaux; Godzilla faisant la job à Tokyo pour la 543e fois; Minya, son jeune fils enthousiaste, qui semble lancer de sa bouche des ronds de fumée de cigare; le pow-wow final, absolument l’une des scènes les plus excitantes que j’ai vue dans mon existence, où les monstres défendent la Terre contre Ghidrah le dragon à trois têtes; la dernière scène, un espèce de " Ce n’est qu’un au revoir, mon frère ", où les créatures nous saluent pratiquement de la main jusqu’à la prochaine invasion. Pour quelques secondes, ils deviennent les Amis des Enfants Partout Dans le Monde.


Si mes mots semblent ironiques dans le paragraphe précédent, c’est plus pour le style que pour d’autres choses, car j’ai vraiment de l’affection pour ce film, qui réussit l’exploit extraordinaire de me faire revenir petit garçon à chaque visionnement, de me faire plonger dans un monde impossible et d’y croire pendant 90 minutes. C’est un des plus beaux compliments que l’on peut donner à un film. Pour plusieurs, DESTROY ALL MONSTERS! est sûrement une folichonnerie grotesque, un parade de costumes hideux. Quand j’ai vu THE MIGHTY MORPHIN POWER RANGERS une fois, j’ai trouvé cela dans le très tarlais. J’aurais plus censuré cela pour niaiserie que pour violence. Mais en y pensant comme il le faut, comment puis-je me prononcer, en avouant que DESTROY ALL MONSTERS! est un de mes films favoris de tous les temps (et pas mal haut sur la liste, en plus)?


J’ai toujours eu un faible pour le personnage de Godzilla (quelqu’un, quelque part, avait déjà fait un parallèle de sa carrière cinématographique avec celle d’Elvis: jeune rebelle au début, gras et gentil par la suite...). Dans le film ici, il est l’ultime patriarche de ce clan turbulent. Ce qui me fait penser aux souvenirs sonores de ce film, avec les cris différents que hurlent les monstres, une petite merveille de technologie audio. Comment pourrais-je oublier la qualité du doublage en français, en plus, typique des films japonais. Ici, c’est sûr que les lèvres ne suivent pas les mots, mais à quelques occasions, on entend un personnage parler alors que sa bouche est fermée!

 

J’ai vu ce film je ne sais combien de fois dans mon enfance en après-midi (et une fois au 13 de Trois-Rivières lors de leur fameux Cinéma de 5 Heures, en une version coupée probablement à la Boucherie Sanzot, pour tout faire fiter ça dans un time slot de 90 minutes incluant les tirages!). Il y a quatre ou cinq ans, j’ai eu le plaisir de vivre une des expériences cinématographiques les plus intenses de ma carrière en visionnant le tout sur grand écran au Rialto, lors d’un B-Movie Festival. J’en avais les larmes aux yeux. Une excellente copie a également été présentée au festival Fant-Asia devant une foule hystérique/éberluée.




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SUSPIRIA
(1977)

Dans les années 70, il y avait le dimanche une émission culturelle qui se nommait Bon Dimanche, titre très original, avouez-le. Plusieurs s’en souviendront. Pendant un certain temps, il y avait un type faisant les critiques de films qui se nommait Jean Morin, décédé depuis, personnage corpulent et barbu. À peu près le seul souvenir que j’ai de lui, c’est une phrase qu’il a dite sur ce film: " J’en ai ravalé mes toasts ".

 

En effet, les films de Dario Argento ne sont pas de tout repos. Nos sens sont assaillis de tous bords, tous côtés, en admirant ces scénarios abracadabrants, que seul lui peut filmer et presque réussir à rendre crédibles. (Imaginez ce qu’il aurait fait avec un récent film de Gérard Dépardieu, LA MACHINE. Avec Argento, houlala, cela aurait été une autre histoire...).

 

SUSPIRIA a encore la réputation d’être un des films les plus terrifiants venant d’Italie et cet honneur est facilement portable au niveau mondial. Les images, les couleurs, la musique, l’interprétation forment un tout baroque et dérangeant. On ne pourra jamais oublier les 5 premiers minutes du film, qui peuvent rivaliser avec n’importe quoi tourné au cinéma d’horreur, se mesurant à la scène de la douche de PSYCHO, que je dis. Argento ici n’est pas juste un mec beurrant de sang ses comédiens pour rien: sa virtuosité visuelle réussit pratiquement à l’excuser de ses sujets controversés de film et ses excès grandguignolesques (essayez de dire ça la bouche pleine).

 

J’ai vu SUSPIRIA la première fois à Super-Écran (!), dans les premiers mois d’existence de cette chaîne. C’était une version française et non-censurée. Je n’en croyais pas mes yeux et les paroles de Jean Morin me sont revenues à l’esprit. Il n’y a pas beaucoup de films où on voit un coeur battant se faire transpercer d’un poignard, où une jeune fille en tenue de nuit tombe dans une pièce remplie de fils barbelés, où un pianiste aveugle se fait ouvrir la gorge par son chien... Et combien d’autres? SUSPIRIA est certes éprouvant, mais n’est pas de la boucherie gratuite: on a littéralement peur, surtout à la toute fin, en apercevant en ombrage la silhouette de... Ah, mais en dire trop serait un péché.

 

Après plus de 25 ans de carrière, Dario Argento est encore sous-estimé. Il y en a combien encore, des réalisateurs qui ont une vision, aussi tordue soit-elle, et combien juste dans le cinéma fantastique? Où sont passés les jeunes loups d’antan, est-ce que Tobe Hooper, George Romero vont un jour revenir en force? John Carpenter aura-t-il un hit crédible, un moment donné? Wes Craven est capable de passer du meilleur au pire, comme WES CRAVEN’S NEW NIGHTMARE et VAMPIRE IN BROOKLYN l’attestent. Que fait Stuart Gordon? Reste qui? Peut-être Clive Barker. Peut-être Alex de la Iglesia. Peut-être Argento, qui aurait tout de même besoin d’un bon succès pour refaire parler de lui. En plus, c’est tout un mec weird, obssédé, qui à l’air d’un vrai mort-vivant sur pattes.

 

Pour moi, regarder SUSPIRIA, en plus d’apprécier ses moments d’horreur et d’effroi, c’est comme tomber dans un conte de fée complètement dérangé, où la sorcière qui mange les enfants va probablement encore le faire, car le Mal n’est plus impressionné par les qualités du Bien. C’est à partir de ce moment que je me suis aperçu que les films d’épouvante latins sont pas mal à des années-lumières de leurs compagnons anglo-saxons. Ils ont une manière de montrer la violence et la sexualité assez différente, merci. Une manière qui, quand rendue efficace, peut nous montrer des moments assez réussis. Qu’est-ce qui arrive avec le cinéma fantastique européen comparé à celui d’Amérique du Nord, c’est qu’il a moins tendance à prendre les spectateurs pour des imbéciles. À preuve: comparez n’importe quel film de José Mojica Marins à un de la série FRIDAY THE 13TH, par exemple. Une comparaison plus complète sera probablement effectuée un jour par l’auteur de ces lignes.

 

SUSPIRIA est un des 5 meilleurs films d’horreur des années 70 (une décennie marquante pour le genre), ce qui en fait également un des meilleurs de tous les temps. Et vous êtes bons en tabarouette si la musique du groupe Goblin ne réussit pas à vous rendre complètement fou par son efficacité...




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SALÒ OU LES 120 JOURS DE SODOME
(1975)

 

Encore et toujours considéré comme un des films les plus répugnants du cinéma, SALÒ fait également partie des films maudits de l’Histoire. Voilà un catalogue de débaucheries diverses: kidnappings, humiliations, viols multiples, scatologie, scatophagie, tortures et supplices, mutilations. Wow, tout un programme réjouissant. En d’autres mots, voici une représentation on ne peut plus complète de la corruption de l’innocence. Ce n’est pas un film d’horreur au sens classique du terme, mais un film horrible. Il me semble justifiable de l’inclure dans une rubrique où le cinéma d’épouvante est discuté. Et j’en parle juste après SUSPIRIA, en plus, très appétissant.

 

Résumé simple: En Italie fasciste pendant la Deuxième Guerre Mondiale, 4 " nobles " s’enferment dans une immense villa avec une vingtaine d’adolescents et d’adolescentes prisonniers, dans le but de recréer les évènements retrouvés dans le célèbre roman du Marquis de Sade " Les 120 Jours de Sodome ", i.e. laisser libre cours à leurs passions érotiques et meurtrières les plus diverses sur les personnes de leurs captifs. Ces mecs ne manquent pas d’imagination et ne se gênent surtout pas à exécuter leurs petites mises en scènes, aidés par quelques vieilles prostituées recrutées pour leur don de raconter de bonnes histoires inspirantes. Comme vous voyez, on est bien loin de HALLOWEEN 6: THE CURSE OF MICHAEL MYERS.

 

Comment parler de cette production? Comment penser un seul instant recommander un visionnement à qui que ce soit? C’est presque sujet à prendre des gageures avec autrui. Ce film, qui prend parfois des allures de documentaire, est unique en 100 ans de cinéma. Heureusement, certains diront. C’est pratiquement une épreuve que de passer à travers.

 

J’ai vu SALÒ dans plusieurs salles différentes (Outremont, Ouimetoscope, Conservatoire...) et mon malin plaisir était de compter le nombre de gens qui quittaient avant la fin. En toute sincérité, environ le tiers à la moitié des spectacteurs foutaient toujours le camp, pas capable de continuer. Moi-même la première fois, je ne me sentais pas gros dans mes culottes, au point où j’ai enfilé mes écouteurs de Walkman au beau milieu du film pour farcir une lamentable partie des Expos, tentant de me dissocier aux épouvantables évènements se déroulant devant mes yeux! En général, l’espèce de mariage gai bidon où les convives se font servir des excréments humains comme plat principal a un petit je-ne-sais-quoi qui semble déplaire à la majorité... Et la dernière partie du film, le Cercle du Sang, ne fait pas juste frissonner par son titre.

 

Un film qui possède un tel pouvoir de révulsion ne peut que faire partie de ma liste culte. Ce n’est pas nécessairement plaisant à regarder, mais SALÒ est comme un anti chef-d’oeuvre, qui s’est dit: " À quoi bon parler de vampires punks romantiques et incompris, de maniaques avec masque de hockey faisant du méchoui avec tout le monde, de monstres jurassiens dépassés ou de soi-disantes obsessions érotiques à la conviction douteuse, montrons la vraie cruauté de l’Homme telle quelle est, sans pudeur, dans tout son réalisme, sans effets spéciaux, sans de sempiternels morphings électroniques ". Et c’est ça qui me fait le plus bad-tripper, quand la réalité dépasse la fiction. Ça va en prendre pas mal de Tom Cruise en vampire shampooiné pour me faire peur, mais quand je vois des films comme celui-ci...




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DRACULA A.D. 1972
(1972, j’espère!)

 

Si on revenait à quelque chose de plus léger... Voici un des premiers films d’horreur que j’ai vu, si je ne m’abuse, dans le temps que TVA faisait les " 24 heures du 10 ", espèce d’anniversaire annuel où ils passaient des films toute la nuit, ainsi que des spectacles de variétés au goût douteux et d’incessants tirages. Je crois que cela se déroulait vers septembre-octobre, donc peu après la rentrée scolaire. J’ai visionné des choses assez extraordinaires lors de ces mini-festivals, des films d’épouvantes des studios Hammer, style LES ÉPOUSES DE DRACULA, UNE MESSE POUR DRACULA (très en demande, le comte au canal 10, on dirait), ainsi que des curiosités italiennes comme LE CONTINENT DES HOMMES-POISSONS, LA MAISON DE L’EXORCISME de Mario Bava (dans une version incompréhensible avec Telly Savalas mangeant des suçons) et combien d’autres. Le premier film de la soirée était souvent une grosse production, dans le genre LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND, mais la nuit appartenait aux Frissons. Tout cela a été abandonné après une grève à TVA, si mes souvenirs sont exacts. Peu importe.

 

J’étais pisou à l’époque, alors il ne fallait pas m’en demander trop (la bande-annonce de LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE me flanquait la trousse, le poster de NIGHT OF THE LIVING DEAD m’avait rendu malade), même si tout cela me fascinait. Par contre, quand j’ai aperçu ici la ressurection de Dracula (incarné majestueusement par Christopher Lee) filmé dans le brouillard, avec prise de vue le faisant mesurer comme 10 pieds de haut, j’ai su que mon existence se trouvait changée. Ce film est loin d’être le meilleur de la série de Dracula de Hammer, mais il demeure dans mon esprit comme un vieux chum à qui on téléphone à tous les deux ans pour avoir des nouvelles. C’est presque rassurant de le revisionner et de se replonger en des temps plus innocents, où le sens du merveilleux n’avait pas encore fait place au cynisme et au blasement. Ah oui, heureux soit celui qui s’embarque puceau dans un historique du Cinéma d’Épouvante, comme moi-même à cette époque. Plein de découvertes lui sont promises. Avec le recul, quand on en a vu trop... on a comme nos petits moments d’écoeurement.

 

Peter Cushing et Christoper Lee allaient devenir mes premiers Grands Frères dans cette introduction au macabre. Je me mis à dénicher tous films les ayant en vedette, ensemble ou séparément. Karloff et Lugosi étaient des noms connus, mais leurs films demeuraient moins accessibles à la TV. J’ai alors compris qu’une poignée d’acteurs étaient reconnus pour leur travail dans de telles productions (ceux déjà mentionnés, ainsi que Chaney Sr. et Jr., Price, Lorre et même une femme, Barbara Steele, dont le regard me plongeait inéluctablement dans le malaise). Il y avait vraiment du monde qui en faisaient une carrière, de travailler dans de telles productions! Quel merveilleuse époque. Dire qu’à un moment donné, ces films jouaient dans les ciné-parcs du Québec! Misère, la dernière fois que j’ai été dans un ciné-parc, c’était pour voir LE RETOUR DE GOLDORAK!

 

DRACULA A.D. 1972 n’est pas un si mauvais film; son défaut principal est qu’il a mal vieilli. L’idée de transposer le personnage du vampire dans un contexte moderne n’était pas mauvaise, mais plus de vingt ans plus tard, regarder Dracula s’en prendre à une bande de mods/hippies parait dans le très désuet. Et comme dans les 2-3 derniers épisodes de la série, le comte ne fout pas tellement grand-chose, restant planté là en attendant que les évènements viennent à lui.

 

Un autre mystère que j’ai rapidement éclairci, c’est le côté érotique de l’affaire. Voilà qu’on nous présente de jolies jeunes femmes en décolletés généreux, qui semblent jusqu’à un certain point apprécier se faire mordre dans le cou par l’élégant vampire. Mmmmmm, juste assez pour rendre plus confuses les pensées d’un jeune adolescent avide de sensations.

 

Bien des années avant de tomber sous le charme des monstres d’Universal, c’est les films Hammer qui régnaient en roi pour émotions fortes dans mon salon. Radio-Canada aussi en présentait, généralement en fin de soirée le vendredi ou samedi. Ceci était religieusement regardé et discuté à l’école le lundi matin suivant. Comme on dit, la première expérience n’est pas toujours la meilleure, mais elle demeure impossible à oublier.




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FASTER PUSSYCAT! KILL! KILL!
(1966)

 

30 ans après, ce film est encore salué à travers le monde comme étant l’un des ultimes Film B de tous les temps. Il est fortement recommandé aux amateurs de: a) parfaite photographie en noir & blanc; b) scénario extravagant; et c) glandes mammaires plantureuses. En effet, c’est connu que le réalisateur Russ Meyer a passé toute sa carrière à filmer des jeunes femmes aux seins énormes et qu’il aurait produit un des premiers films " nudie " américain, nommé THE IMMORAL MR. TEAS. FASTER PUSSYCAT est son oeuvre la plus caractéristique, tourné avec un budget inexistant et beaucoup d’astuce. Il n’y a pas de femmes nues, mais c’est du tout comme. Ce n’est évidemment pas un film fantastique, ni de science-fiction, mais son impact encore ressenti aujourd’hui sur une longue liste de créateurs n’est pas à dédaigner et il se mérite donc une place de choix ici (et c’est un de mes films favoris, na). J’ai eu le plaisir d’admirer tout ça pendant un Festival de B-Movies au Rialto, avec un public pas mal flyé et surtout un gars qui a monté ben raide sur le stage pour annoncer à l’assemblée qu’il n’aimait pas ça. On l’a hué.

 

Avec une bande sonore hallucinante, voici un scénario truffé de dialogue mémorable, qui inspire encore une autre génération d’artistes (White Zombie, par exemple, ou les Cramps). Autant que c’est absolument crampant/excitant, ce que je retiens personnellement c’est que les personnages des trois aventurières sont des rôles qui auraient pu être tenus par des hommes, par leur attitude, geste et parole (avec menus ajustements). Pensez-y. Des filles super-toughs, se promenant en grosses bagnoles, fumant des cigares, portant des gants de cyclistes, donnant des volées à des types pas mal plus gros qu’elles, imaginant des plans d’extortion élaborés... Il n’y en a pas eu gros de personnages féminins dans l’histoire du cinéma ayant de telles intentions et c’est dommage. Ici, l’effet est particulièrement saisissant.

 

Dans le fond, malgré toutes ces qualités, c’est quand même la présence inéluctable de Tura Satana qui donne tout un cachet au film. Ex-effeuilleuse mi-apache, mi-japonaise, avec des formes on ne peut plus généreuses, toute vêtue de noir, elle a un look qui ne semble pas encore démodé, malgré une tendance à la blouse décolletée. On aurait presque pu espérer une série de films avec ce rôle en vedette, tout au plus une apparition dans un James Bond de l’époque, car elle est un des villaines les plus marquantes du cinéma. En connaissez-vous beaucoup, des héroïnes de films d’action, ou des comédiennes spécialisées dans le genre? Ça se compte sur les doigts de la main. Il y avait Pam Grier dans les années 70, Cynthia Rothrock dans les films d’arts martiaux mais elle n’est pas encore très connue du grand public, peut-être Sigourney Weaver pour la série ALIEN en forçant un peu... C’est une situation assez aberrante. Sur les posters, on peut voir: STALLONE, SCHWARZENEGGER, VAN DAMME... à quand un tel traitement pour une vedette féminine d’action? Vedette crédible, qui ne passerait pas son temps en bikini. En tous cas. Ce n’est pas BARB WIRE qui va me rassurer. Reste les comédiennes asiatiques, qui n’ont pas froid aux yeux, que non.

 

L’intégrale de l’oeuvre de Russ Meyer est disponible sur vidéo, coûtant une véritable fortune. Une cassette seulement vous revient au prix de fou d’environ 69,95$, taxes non incluses! Vu que c’est lui-même qui gère ses affaires, le bonhomme veut continuer à faire la piastre, alors que ça fait des années qu’il n’a pas tourné. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c’est lui qui était supposé de diriger THE GREAT ROCK’N’ROLL SWINDLE, documentaire sur les Sex Pistols! On le voit brièvement d’ailleurs, dans la première scène de FASTER PUSSYCAT, dans le rôle d’un des clients du club de strip-tease où travaille les 3 aventurières, suant et serrant les dents comme les autres. Il signe ici le meilleur film de sa bizarre de carrière.




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DAWN OF THE DEAD
(1979)

 

Boy, si ce n’est pas un film important celui-là, je ne sais pas ce que c’est. Que cette production n’est pas été nommée meilleur film américain de l’année 1979 est un vrai scandale. Imaginez-vous que c’est KRAMER VS KRAMER qui a gagné cette année-là l’Oscar du Best Picture! Tu parles d’une histoire d’horreur. Ceci est une preuve flagrante de bêtise et d’hypocrisie. Avec le recul, DAWN OF THE DEAD a pas mal plus influencé l’art cinématographique que KRAMER... Entéka.

 

C’est au Cinéma Outremont que j’ai vu ça (dans une très rare anthologie de film fantastique se tenant à Montréal, pendant un espèce de mois de janvier frette) et maudit que j’avais hâte de voir la tête exploser! Et je n’ai pas été déçu, depuis le temps que j’en entendais parler. Pour l‘époque, ce film repoussait des barrières de violence graphique qui ne tenaient encore qu’à un fil. Ça hémoglobine, c’est insensé. Les 15 premières minutes sont parmis les plus éprouvantes que le cinéma d’horreur peut nous offrir: nous voilà pris dans un engrenage complètement dépaysant, témoin d’un massacre épouvantable... et c’est à peine si on peut expliquer pourquoi.

 

Ce film de George Romero qui est la suite de son hallucinant NIGHT OF THE LIVING DEAD est été souvent salué pour ses changements de tons: les zombis sont terrifiants, pitoyables, comiques et victimes au fil de l’intrigue. Nous sommes manipulés comme de vulgaires marionnettes à travers tous ces changements de situation. Qu’est-ce que tu fais quand ta réalité s’écroule, que tout ce qui t’entoure tombe en miettes, que du jour au lendemain ta survie même devient ta priorité. Qu’est-ce que tu fais? Tu fais pas mal dur, comme on peut le juger ici.

 

Voilà donc une production extrèmement mature, pas juste un freak-show épais et sans âme. J’adore le fait qu’on ne donne pas d’explication vraiment concrète au retour à la vie des zombis: ça arrive et il faut dealer avec, le film ne s’attarde pas à trouver de recette-miracle pour sauver l’humanité (ce que je reprochais à INDEPENDENCE DAY, entre autre).

 

Autre facteur important: voilà le film qui a rendu célèbre le créateur des effets spéciaux en maquillage, Tom Savini. De concert avec un interview dans la revue FANGORIA, il est devenu un dieu moderne, inspirant toute une génération de jeunes lecteurs à s’intéresser à ce métier. D’autres tels créateurs sont par la suite également devenus idoles.

 

Voir DAWN OF THE DEAD pour moi, était le passage aux choses sérieuses. Il n’était plus question de se contenter de films anonymes sortis tout droit d’une manufacture: voilà la preuve qu’on pouvait arriver à dire quelque chose dans un genre mal-aimé et considéré juvénile. On a commencé à prendre des mecs comme Romero et Cronenberg au sérieux, réévaluer certaines carrières, comme Bava, Argento et pourquoi pas Franco? Des gens qui, à travers leurs films bizarres, réussissaient à faire passer leur vision personnelle des choses. Des auteurs? Pourquoi pas? Commencez pas à me faire rire avec Rohmer, Lelouch et/ou Kieslowski. Certains ont dit que le film ici est une critique de la société contemporaine de consommation. O.k. Allez expliquer cela aux deux petits enfants zombis qui se font tirer dans la tête. Ça me fatigue quand il faut absolument trouver une signification à toutes oeuvres cinématographiques.

 

Malheureusement, c’est le dernier bon film de Romero, on dirait. Il y a eu CREEPSHOW, o.k. Mais à part ça, l’aurait-on surévalué? Et il se passe des années entre ses films. C’est platte, car on aimerait le voir plus productif.




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LES YEUX SANS VISAGE
(1959)

 

Une autre film d’horreur européen! Commencez-vous à vous faire une idée du genre de productions que j’aime? Et de France, en plus! Ce ne sont pas les français qui ont la plus grande réputation de produire de telles oeuvres, allez-vous me dire. Mais comme je l’ai dit souvent, les italiens, les espagnols, les français, les allemands ont des manières de nous montrer les choses très différentes des anglo-saxons. Cet aspect de leur cinéma fantastique me touche pas mal plus, d’où mon admiration pour des créateurs comme Bava, Franco, Rollin, Marins, Buttgereit et cie.

 

Parler de ce film veut dire parler également de son réalisateur, Georges Franju, un spécialiste d’images poétiques. Il a déjà réussi à rendre un documentaire sur un abbattoir presque touchant. Et son long-métrage JUDEX est un des films les plus beaux que j’ai vu visuellement. Il n’a jamais eu de sujets reposants et aurait pu être tout un visionnaire si sa carrière aurait été plus longue (seulement 8 longs métrages).

 

LES YEUX SANS VISAGE est principalement reconnu pour une seule scène et c’est dommage, car il a des mérites bien plus importants. Qui aurait cru qu’une des scènes annonciatrices de " gore ", 5 ans avant BLOOD FEAST, aurait parue dans un film français de 58? Avec Claude Brasseur, en plus, grand comédien des ENFANTS DU PARADIS? C’est bien ce qu’on nous offre ici, alors qu’une infortunée se fait " opérer " la face, dans le but de lui retirer la peau pour la greffer sur une autre fille défigurée suite à un accident. Cette petite séquence est surprenante, montrée de façon documentaire et vient nous couper les jambes de façon très efficace.

 

Ah, mais il y a plein d’images marquantes dans cet étrange film: la fille du docteur qui cache sa laideur sous un étrange masque blanc (qui me fait penser à celui utilisé dans HALLOWEEN, supposément basé sur les fameux traits héroïques de William Shatner, en passant); les photographies de sa déterioration suite à une nouvelle greffe ratée; le kidnapping des " sujets ", comme si de rien n’était; l’assistante du docteur, espèce de mante religieuse traquant de jeunes filles fugueuses, avec un collier de perles serré autour du cou; les cages où sont retenus les chiens; le noir et blanc qui rend tout cela froid et clinique...

 

L’influence de ceci allait être assez forte pour créer un sous-genre mineur du cinéma d’horreur: les savants fous obssédés à rendre la beauté à leur fille/épouse/maîtresse en leur donnant/greffant/collant les membres/traits/épidermes de danseuses/prostituées/infortunées. Exemple? THE AWFUL DR. ORLOFF de Jess Franco (qui allait revenir souvent sur le sujet); LA ROSE ÉCORCHÉE; CIRCUS OF HORRORS; même THE BRAIN THAT WOULDN’T DIE pour n’en citer que quelques-uns.

 

En plus de tout ça, il y a un certain érotisme caché en-dessous des agissements des personnages, avec une penchant vers le lesbianisme, ce qui avait disparu du cinéma américain depuis DRACULA’S DAUGHTER. Cette tendance allait rester propre au films fantastiques européens à venir, avec des effets penchant souvent vers le ridicule, malheureusement. Reste que LES YEUX SANS VISAGE est tout un précurseur de choses à venir, tout en demeurant un film exemplaire du genre. Tiens, j’ai vu ça à la Cinémathèque, bien installé sur un confortable fauteuil et Radio-Québec l’a déjà eu au programme (à un temps-clé, un dimanche après-midi à 14h30, wow).




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THE SIGN OF THE CROSS
(1932)

 

Voilà ce qui est plus qu’une simple " vue de romains ". Premièrement, à tous les amateurs de casques colorés, il y a de méchants chapeaux ici, avec des plumes et des ailes. (Si vous voulez d’autres beaux couvre-chefs, retracez les épisodes de FLASH GORDON des années 30, ce sont des classiques. Et quand j’ai visionné récemment TERROR OF MECHAGODZILLA, oh boy, les chapeaux extra-terrestres avec trois pointes! Capitaine Cosmos, où es-tu?)

 

Deuxièmement, à tous les amateurs de scènes sadiques-qui-ont-de-l’effet-dans-leur-manque-de-retenue, vous allez être servis ici.

 

Finalement, ce qui a l’air d’un vieux film grinçant et mélodramatique typique de l’époque est aujourd’hui, dans sa version restaurée, une oeuvre qui mérite pleinement qu’on s’y arrête. Narrant les martyrs des premiers chrétiens et la folie de Néron, cette super-production de Cecil B. De Mille (qui ne fut jamais accusé de modestie d’effets et qui beurrait la toast pas mal épais) mélange des sentiments parfois à la noix qui semblent prétextes à des situations cruelles. Voilà un film qui fut créé vers la fin de l’époque où un certain free-for-all régnait encore à Hollywood, principalement sur les sujets tabous habituels: sexe, violence..., quoi d’autre? Tellement que quand le film fut ressorti pendant la guerre dans les années 40, il fut fortement censuré, ce qui résulta en des pertes de scènes taboues, qui furent remplacées par un espèce de prologue complètement ridicule, avec des avions de guerre américains and God Bless America! Tout ça pour présenter un film religieux d’époque! Cette hypocrisie m’éberlue encore. Malgré tout ça, le film m’avait impressionné, en ayant une rare fois à PBS.

 

THE SIGN OF THE CROSS a fait ses débuts sur vidéo il y a une couple d’années, dans un genre de DIRECTOR’S CUT pas mal en retard, de la collection Cecil B. De Mille, nous proposant la version originale non disponible depuis plus de 60 ans. En d’autres mots, la dernière partie du film, les Jeux du Cirque, en intégrale. Et c’est là que toute la partie se joue et que je peux justifier son inclusion dans une rubrique de cinéma fantastique. Je vous le dis, cette séquence à elle seule veut le déplacement et vous surprendra dans sa férocité. Cette dénonciation de la cruauté de l’homme envers l’homme est digne d’un cauchemar, et pouvait presque présager SALO, que j’ai discuté plus haut. Sans retenue, on nous montre des combats de gladiateurs ce qu’il y a de plus réels, des affrontements physiques contre des animaux (ours, taureaux), des chrétiens bouffés par des lions amaigris, des scènes d’angoisse, une fille nue mangée par des crocodiles, une autre livrée à un gorille (seulement disponible en photo pendant des années et notre imagination faisait le reste...) et en dessert, un affrontement à l’épée entre des membres d’une tribus de pygmés-cannibales contre des guerrières amazones sauvages! C’est violent, ça saigne, ça crie, ça émeut... Une des quelques séquences des plus spectaculaires et horrifiante que le cinéma d’Hollywood nous a jamais offert. Et ne nous offrira sûrement plus, il va sans dire.

 

Le fait que le film est pas mal vieux donne justement du cachet à son histoire. Il est interprété de façon théâtrale, mais efficace, encore une fois victime de son époque. Charles Laughton est un Néron hallucinant, tout mou et blanc comme un drap, qui sera accoté 20 ans plus tard par celui de Peter Ustinov. Claudette Colbert était " tout un pétard ", à défaut de meilleure terme, avec son unique visage en forme de coeur. On la voit pratiquement à son état naturel dans une incontournable scène de bain (dans du lait de chèvre) des films historiques des années 20-30. On est loin des sirènes siliconées/dé-molairées/anorexiques/en plastique des années 90. Ces actrices-là avait DE LA CLASSE. Les hommes étaient ÉLÉGANTS. Pas de tuques toutes croches sur la tête, pas de grosses culottes de couleur douteuse. Ce n’étaient pas plus des enfants de choeur, mais ils projettaient UNE IMAGE. Mais je divague encore une fois. Quelque part dans la foule, il y a John Carradine, futur vedette de films de terreur, qui dit une ou deux phrases. Même Angelo Rossito, fameux nain à carrière unique, fait apparition en pygmé.

 

Il y a tout pour plaire, là-dedans, pour les âmes curieuses/perverses à celles cherchant une histoire religieuse significative. Car le message du film n’est pas à dédaigner, non plus, ce qui rajoute évidemment à sa réussite. Ça semble un peu longuet par moment, mais croyez bien que la dernière demi-heure va vous clouer sur vos sièges. Cette maudite scène avec la jeune vierge et le gorille...




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CAPTIVE WILD WOMEN
(1943)

 

Ah, ces savants détraqués. Surtout quand ils sont interprétés par John Carradine...

 

Universal nous a fait tout un cadeau en ressortisant cette rare production de leurs boules à mittes et l’insérant dans leur CLASSIC MONSTERS COLLECTION. Voilà un film qui dure à peine plus d’une heure, n’a pas du tout d’allure et qui a tout un pouvoir de divertissement. Imaginez: un scientifique réussi à créer une créature femme/gorille en mélangeant les cellules d’un primate femelle avec celles d’une fille plus ou moins anorexique! Cette dernière tombe amoureuse du dompteur de lion! Est jalouse de la fiancée! Son état physique dégénère! L’instinct de la jungle restera-t-il plus fort? Et Neil Young ne l’a-t-il pas dit: ONLY LOVE WILL BREAK YOUR HEART???? Un délice. Comme d’habitude pour le studio, ce scénario délirant est présenté avec le plus grand sérieux.

 

Ce sujet abracadabrant nous offre des moments forts réjouissants. Qui peut oublier ces fameux costumes de singes des années 20/30/40/50, à longs poils, complètement irréalistes, avec les trous de yeux renfocés dans le fond de la tête? Il y en avait de diverses qualités et celui utilisé ici est plus ou moins convaincant. Le personnage du singe demeure quand même sympathique: une bête fidèle et très intelligente. Une fois rendu humain, il est interprété par Acquanetta, starlette à l’air exotique, dont les talents de comédienne sont pratiquement limités à restée plantée sur place, grands yeux écarquillés. Par contre, elle possédait une certaine présence mystérieuse par son allure même, loin d’être désagréable à admirer. On la surnommait le " Volcan Vénézuelien ". Sa carrière se limitera à jouer des princesses dans des films d’aventures de série, dont au moins un film de la série TARZAN avec Johnny Weissmuller. Une personnalité tout de même marquante.

 

On rit pas mal moins à la scène de transformation du film, un chef-d’oeuvre des artisans d’effets spéciaux de l’époque, où notre infortunée revient à son état simien après une crise de jalousie. Très marquants sont les maquillages différents des étapes de la transformation de notre héroïne, créés par Jack Pierce (1889-1968), ce même précurseur en ce domaine étant père de la tête carré du monstre de Frankenstein, du Wolfman, du Momie et combien d’autres? Mais ça, vous le saviez. Ça vaut la peine de souligner qu’il est responsable du look de ces fameux personnages tel qu’il est perçu dans la culture populaire. A-t-il gagné un Oscar pour son oeuvre? Mais non. Qu’est-ce qu’ils attendent? Chais pas.

 

Je me demande ce qui empêche quelqu’un de faire un remake de ce film. Ce n’est pas le plus célèbre de la série Universal, mais il demeure un de mes favoris. Il a eu deux suites à ce film, JUNGLE WOMAN et JUNGLE CAPTIVE, qui ne sont pas encore disponibles en vidéo et qui ont une réputation inférieure.




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ANDY WARHOL'S FRANKENSTEIN
(1973)

 

Andy Warhol? Le même gars à la moumoute argentée qui peignait des cannes de soupe? Mais qu’est-ce qu’il vient faire ici? Probablement que sa seule participation à ce film est d’avoir donné l’accord d’y associer son nom dans le titre. Il l’a peut-être vu un moment donné. C’est Paul Morrissey qui est le réalisateur, et même cela n’est pas sûr après ces années, certains disent que c’est Antonio Marghereti, allez comprendre. Ça ne prendrait pas grand-chose pour me convaincre, parce que ce film est typique dans le style italien de l’époque. (Tout ça avait passé quelque part dans les années 80, à l’inénarrable 13 de Trois-Rivières, dans une suprenante version non-censurée!!!)

 

On plonge dans la démesure ici, les ami(e)s, et la subtilité n’est pas de rigueur. Coeurs sensibles s’abstenir. Si la vue d’intestins vous horripile... Ce qui nous sauve de dégobiller, c’est l’humour noir de toute l’affaire (parfois voulu, parfois non) et des scènes et dialogues complètement sautés et too much, surtout sortant de la bouche du baron Frankenstein, espèce de génie à demi fou se berçant d’illusions de grandeur ne manquant pas de majesté. Comme bien d’autres, il veut créer une race parfaite.

 

À quelque part là-dedans, on retrouve la méchante petite fille qui était dans tous les films d’horreur italiens du début des années 70 (Nicoletta Elmi), avec sa face imperturbable, dans le rôle d’une autre méchante petite fille cruelle et vicieuse. Le genre d’enfant qui ne s’arrête pas juste à disséquer les fourmis. Un des acteurs chéris de Warhol, Joe Dallesandro est aussi présent, dans le rôle du héros, et quand on dit l’expression: " Il n’a pas d’air ", on peut penser que cela a été inventé pour lui. Il est impossiblement stiff. Une espèce d’émule de Peter Lorre (" Yes master ") sert d’assistant au baron. La soeur de ce dernier à l’air d’un mauvais lifting ambulant. Et Udo Kier (un des comédiens européens des plus bizarres) laisse toute une impression dans le rôle même du Baron. Tout mou, avec un accent difficile à identifier, ses speechs ne vont laisserons pas indifférents.

 

Hey, dans le temps, le monde avait pris cela au sérieux: pas une revue, par un journal, n’avait passé sous silence ce film. Toute une affaire, tout un bla-bla. La première fois que j’ai vu ça, je n’en revenais pas de tant rire, après des années à penser que c’était tout un cauchemar. O.k., c’est sanglant, mais l’humour noir absurde rend le tout presqu’endurable. Évidemment, pour pleinement profiter des moments les plus joyeux de ce film, il faut le voir dans sa version originale, en 3-D. Surtout pour la finale, avec le mec transpercé d’une lance et un petit morceau de viande semblant vous pendouiller sous le nez. Je me souviendrai toujours des immenses annonces publicitaires parues dans le journal sur ce film, alors que j’avais environ 10 ans et qu’il jouait sous le titre français CHAIR POUR FRANKENSTEIN, et qui me fascinait/dégoûtait (il y avait aussi DRACULA CE VIEUX COCHON, mais c’est une autre histoire). Jamais, mais au grand jamais, je n’aurai cru qu’un jour je passerais du temps à visionner de tels films, encore moins en parler dans une revue! C’est ça, devenir adulte?




En conclusion, c’est ça. Si tu veux me faire plaisir, tu me parles d’un de ces films. Ils sont tous disponibles sur vidéo (quoique DESTROY ALL MONSTERS est difficile à dénicher pour des questions de droits sur un personnage, Varan, je crois) et ce serait encore plus chouette si vous pouviez les visionner sur grand écran, la place idéale pour voir un film, n’est-ce pas? La place idéale pour voir des éléphants, c’est au cirque ou dans la jungle. Pour voir des cornichons, c’est dans un bocal ou une salade. Pour voir un film, c’est dans une salle de cinéma. On est mieux de faire attention, car un moment donné, les salles n’existeront plus et on sera pognés pour regarder assis chez nous. Je suis bien curieux de savoir combien il va y avoir de théâtres dans 10 ans (et est-ce que les vidéo-cassettes vont encore exister?). Oubedon ce sera de minuscules salles sans personnalité, oubedon ce sera de petites diskettes avec tellement d’information dessus qu’on aura l’oeuvre entière de John Wayne entre le pouce et l’index. La technologie comme outil de déshumanisation? Wow, je ne tiens pas en place...

 

Sur ces pensées réjouissantes, je demeure vôtre,

 

Benoît Chénier

 

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