États-Unis
1935
Karl Freund
68 minutes
- Peter Lorre
(Dr. Gogol)
- France Drake
(Yvonne Orlac)
- Colin Clive
(Stephen Orlac)
- Ted Healy
(Reagan)
- Edward Brophy
(Rollo)
- Keye Luke
(Dr. Wong)
Astro-cote


(5 Tor = un chef d'uvre;
1 Tor = ne vaut pas le prix d'entrée)
|
Mad Love
Un des grands classiques de suspense des années '30, MAD LOVE restera toujours un de mes films cultes personnels, que je
ne me lasse jamais de regarder. On a droit à une fin de générique des plus
inquiétante, alors que les noms des comédiens apparaissent inscrits sur une vitre et
qu'un poing anonyme vient la briser sans hésitation! On nous transporte alors au Théâtre
des Horreurs, hommage non dissimulé au véritable Théâtre du Grand-Guignol
de Paris, lequel aurait dû être plus utilisé au cinéma à cause de ses pièces
macabres. Les employé(e)s de ce théâtre sont tous déguisés en monstres (la fille qui
place les manteaux n'a pas de tête!). On y accueille le docteur Gogol, brillant
chirurgien, joué par l'incomparable Peter Lorre, à son plus nasal. Chauve, portant un
long manteau à col de fourrure, Gogol donne l'impression d'un grassouillet poisson
sorti de l'eau. Il vient assister (comme à chaque soir) à la pièce Torturée,
mettant en vedette sa tragédienne favorite, Yvonne Orlac, avec laquelle il est
complètement obsédé. Celle-ci donne sa dernière représentation, alors qu'elle est sur
le point de déménager avec son mari, le pianiste Stephen Orlac, en Angleterre. On
la voit sur la scène se faire étirer sur une roue et brûlée avec un fer rouge, dans
une pièce se déroulant au Moyen-Âge qui en rend plus d'un nerveux dans l'assistance.
Quand Gogol apprend les projets d'Yvonne, il perd le
nord, alors qu'ils sont en pleine fête après la pièce en compagnie des employés et
membres de la troupe. On offre un gâteau à Yvonne, garni d'une guillotine et de
squelettes en crème! Le docteur en profite pour l'embrasser passionnément, au dégoût
la nouvelle ex-actrice et à l'hilarité générale. Piteux, il se résignera à acheter
la statue à l'effigie d'Yvonne (qui dans certains gros plan n'est rien de moins
que Frances Drake elle-même qui tente de rester immobile!). Stephen Orlac revient
chez lui en train, partageant le véhicule avec un meurtrier américain nommé Rollo,
en route pour se faire couper la tête, menotté de chaque côté à un policier. Un
journaliste américain nommé Reagan est également dans le portrait, appelé à
couvrir l'exécution de Rollo, le célèbre lanceur de couteaux. Un accident sur
les rails (non montré, petit budget aidant) condamnera Orlac à se faire
sectionner les mains, ce qui rend son entourage troublé. Désespérée, Yvonne se
tournera vers Gogol pour aider son mari. L'assistant de Gogol n'est nul
autre que le docteur Wong, joué par l'excellent Keye Luke, fils favori dans la
série Charlie Chan de l'époque. On rencontre également la femme de ménage de Gogol,
une vieille folle ivrogne et insupportable nommée Françoise qui se promène avec
un perroquet sur l'épaule (en plus d'avoir un horrible bonnet sur le crâne.)
Gogol assiste à l'exécution de Rollo par la guillotine, ce
dernier ne semblant pas trop sans faire. On déduit que le bon docteur ne déteste pas de
telles scènes, insistant sur son caractère sadique. Peu après, il reçoit chez lui la
statue représentant Yvonne. Il reçoit également le cadavre de Rollo,
alors qu'il planifie de transplanter les mains du condamné au bras du pauvre Orlac
souffrant. Yvonne fait des cauchemars (avec des moutons?) et l'opération est un succès,
même si Gogol ne révèle à personne la substitution d'organes. Il passe ses
soirées à jouer de l'orgue pour le bénéfice de la statue, lui parle, lui achète des
robes et lui récite même de la poésie, toujours déçu que la Yvonne de chair
repousse ses avances. Il va sans dire qu'Orlac ne peut plus jouer le piano comme
avant (son instrument est même orné d'un trophée représentant... ses mains!).
Bientôt, ruiné, il tente de demander de l'argent à son père, qui refuse et prend même
la peine de rire de lui en plein face. Furieux, Orlac lui garroche un crayon près
d'une oreille et quitte la boutique paternelle. Il confronte Gogol, affirmant que
ses mains ne sont pas les siennes et ne veulent que tuer. Gogol lui donne une
explication psychologique à la noix pour le mêler encore plus, semant un potentiel
avantageux pour s'en débarasser. Il rencontre une autre fois Yvonne, qui lui
affirme son dégoût envers lui. Il sue à grosses gouttes. Qui d'autre que Lorre aurait
pu jouer ce rôle, finalement?
Ému, Gogol fait la planche pendant une opération sur une fillette,
se met à halluciner dans son miroir et est inspiré par une des plantes carnivores dans
son studio pour élaborer un plan dans le but de rendre Orlac fou (qui se ressemble
s'assemble?). Il lui donne un rendez-vous secret, se faisant passer pour feu Rollo,
le tout avec une collerette métallique et des mains de métal comme le docteur Doom
du comic Fantastic Four. Cette scène est une des plus réussie du film. Bientôt, Orlac
sera accusé du meurtre de son père, éliminé en coulisses par Gogol. La police
l'arrête, pendant qu'Yvonne se rend chez le doc pour demander de l'aide. La
servante alcoolique de Gogol pense que c'est la statue qui reprend vie! Vieille
folle! Ce personnage est le point faible du film, avec un aspect comique très mal venu. Yvonne
prend la place de la statue et observe Gogol revenant avec son déguisement,
totalement enchanté de sa petite supercherie, avouant son plan à grande voix et grands
rires devant ce qu'il croit être sa statue chérie. Le perroquet accroche la joue d'Yvonne,
laissant une tache de sang. Pendant ce temps, au commissariat, les gendarmes, Orlac
et Reagan mettent les pièces du puzzle ensemble&#nbs;: comment se fait-il qu'Orlac
a les mêmes empreintes digitales que le défunt Rollo? Pourquoi ce cher docteur Gogol
a-t-il réclamé le corps de l'américain décapité? Allons faire un tour chez lui. Gogol
s'aperçoit que sa statue est vivante et décide donc... de l'étouffer avec sa longue
chevelure noire, en prenant soin de faire trois tours autour de la gorge blanche et tendre
d'une Yvonne affolée. Comment pensez-vous que tout cela va se terminer?
C'est dans une forme splendide que Lorre débutait ainsi sa carrière
américaine. Sous peu, il allait devenir un des seconds rôles masculins sinistres favoris
dans grands studios. Le voir suer et halluciner est indescriptible, alors qu'on l'imagine
tout froid et en semi-érection constante. Colin Clive poursuivait sa lancée de héros
tourmenté, paraissant plus vieux que son âge... et quelles horribles mains! La même
année, il se retrouvait dans le meilleur film d'épouvante de tous les temps, BRIDE OF FRANKENSTEIN. Et voici peut-être le rôle ultime de la
magnifique Frances Drake **soupirs** ah, mais quelle
structure faciale! MAD LOVE sera le dernier film réalisé
par Karl Freund, créateur de THE MUMMY en 1932. Il se
contentera de revenir à son métier principal, la cinématographie, pour terminer sa
carrière en filmant des épisodes de la série télé I Love Lucy! Tu parles d'un
changement de sujet! Mes plus hautes recommandations sont donc affichées ici pour MAD LOVE, avec un des plus merveilleux savant fou de l'histoire du
Cinéma. Tout ceci est bien sûr basé sur le roman de Maurice Renard, Les mains
d'Orlac, adapté quelques fois au cinéma. À quand une nouvelle version avec Udo Kier
dans le rôle de Gogol?
Benoît Chénier |