Thriller ébouriffant, savamment construit et superbement interprété par des acteurs dont on oublie qu'ils sont
virtuels, Perfect Blue balaie les préjugés que l'on pouvait avoir sur la culture manga. Goldorak n'a qu'à bien
se tenir.
Si les mangas sont méconnus en France, ils font partie intégrante de la culture japonaise, et représentent à
eux seuls près de 40% de l'ensemble des publications de l'archipel et 25% des ventes du secteur de
l'édition. Mais ce n'est pas en tant que simple manga que la sortie de Perfect Blue de Satoshi Kon convient
d'être soulignée. Loin des clichés habituellement véhiculés sur cette forme d' expression que l'on veut tour à
tour simpliste, violente ou pornographique, Perfect Blue, grâce à la construction soignée de son scénario,
se hisse au rang d'un véritable thriller psychologique et met en œuvre non plus seulement des
personnages, mais des acteurs virtuels, incroyables de vérité. Même si le graphisme et l'animation peuvent paraître
sommaires, les premières minutes passées, on ne se concentre plus que sur l'intrigue et ses protagonistes. Et il vaut
mieux rester concentré tant Satosho Kon, qui collabore à l'un des mangas les plus connus, Akira, emporte les
spectateurs dans un labyrinthe incroyable dont lui seul connaît la sortie.
L'histoire commence de manière assez banale. Membre d'un groupe de starlettes pop, Mina se voit
proposer par son manager, qui a de grandes ambitions pour elle, un petit rôle dans un film policier, noir,
très noir. Quittant l'idolâtrie pour l'anonymat, la jeune Mina se trouve aspirée dans une spirale
schizophrénique, ou fiction et réalité ne font plus qu'un, et qu'il convient de ne pas dévoiler plus avant.
Au passage, la société japonaise y est dépeinte dans toute sa réalité, et l'on y retrouve mêlés, le quotidien, dur, étriqué
et brutal, et la part de rêves ensevelie et non assumée dans une société finalement peu permissive.
Si la priorité est donnée à l'histoire, on retrouve dans Perfect Blue une ambiance à la David Lynch, sans
pour autant être laissé en route l'esprit empli de doutes sur nos facultés de compréhension. Ce petit
bijou n'est pas sans rappeler non plus l'excellent Psychose du maître Hitchcock, tout en poussant plus
loin le degré de complexité de l'intrigue et en introduisant une bonne dose d'humour. Car on rit aussi
beaucoup dans Perfect Blue, qui oscille sans arrêt entre angélisme et perversité, jusqu'à en perdre les
repères temporels et spatiaux, tout comme le souffle. A ne pas manquer.
Pour ceux qui veulent pousser plus loin leur investigation dans le monde de l'animation japonaise, la Maison de la
culture du Japon à Paris ouvre ses portes durant neuf semaines à l'univers du manga et propose une visite/lecture ainsi
qu'une série de projections cinématographiques.