LA ZONE VIDEODROME
Cinema et vidéo
par Éric Gagnon
L'air est moite, irrespirable... Depuis des mois que ce que l'on appelait jadis "Soleil" reste caché derrière un opaque rideau grisâtre d'où s'écoule, de temps à autre, une pluie noire pourrie de radiations.
Et moi, je n'arrive plus à sortir sans ma combinaison. Il est donc naturel que - junkie unique et merveilleux maître du monde dans mon abri troglodyte - je demeure bien à l'abri chez moi, généralement accroc à toutes ces productions cinématographiques d'avant la Grande Purification...
Je laisse donc, en dernières volontés, le journal de mes séances vidéo à tous les archéologues du futur, humains ou non. Donc - Mesdames, Messieurs, Mutants informes et Gamins gavés de Plutonium - installez-vous bien confortablement, à mon exemple, et laissez-moi quelques instants obtenir un accès direct à votre CERVEAU...
Recyclage vidéo
Godzilla VS Biollante
Catégorie: Kaiju
Le savant fou-prototype modifie la structure génétique d'une rose en y introduisant les gènes du "Big-G" lui-même. En résulte Biollante, véritable usine à venin, qui veut se bouffer du reptile.
Deuxième film de la série Godzilla des années '90. Malgré quelques scènes assez réussies, l'ensemble reste un peu plat. Le scénario, gonflé d'intentions écologiques, erre dans les mêmes eaux que le "Godzilla versus the Smog Monster" sans l'aspect psychédélique qui ajoutait une dose appréciable de kitsch. Bon point: le design de Biollante bat celui de Hedorra.
Japon; 1989
Réalisateur: Kazuki Ohmori.
Matrix (The)
V.F. La Matrice
Catégorie: Cyberpunk Gap.
Un jeune hacker (Keannu Reeves), Neo, est contacté par un groupuscule subversif s'étant fixé comme objectif la mise à jour d'une vaste conspiration, la "Matrice".
Rappelez-vous lorsque adolescent, le gamin le plus minable de l'école quittait ses éternels chemises et jolis " pantalons-en-corduroy-achetés-par-maman " (j'ai ajouté des guillemetS, idem plus bas) au profit de la panoplie veste de cuir, lunettes noires et musique Goth afin que ses petits copains le pensent "cool". Hé bien, "The Matrix" souffre un peu du même problème. À force de se vouloir dans le coup, le film passe outre ses bonnes idées et ne devient qu'un banal gadget d'action remplumé à grands coups de CGI.
Le film comporte d'excellents moments (pour qui n'a jamais vu un polar de Hong Kong de la grande époque des années 80), de très bonnes idées et quelques acteurs potables. C'est là un premier problème. Keanu Reeves, à ce que m'en a dit ma tendre et mutante moitié, remplit très bien une paire de blue jeans. Mais il se révèle incapable de renoncer à tous les maniérismes de surfer qu'il a contracté lors du tournage de "Bill & Ted's Excellent Adventure". Il manque totalement de conviction (je suggère à tous de revoir le film afin d'apprécier la manière de jouer dudit M. Reeves lorsque son personnage apprend la nature véritable de la Matrice - une performance digne de Ed Wood). Deuxième problème. Malgré un script assez original, le scénariste a le souffle court dès le deuxième tiers du film et balance l'aspect réflexion pour se lancer toute voile dehors dans le style Schwarzeneger. Et la fin ne clôt pas de façon satisfaisante le film en amenant plus de questions que de réponses au spectateur. Dommage. Conséquemment, ce qui aurait pu être un classique ne demeure qu'un " film-à-louer-pour-tuer-le-temps ".
USA;1998
Réalisateurs: Andy Wachowski, Larry Wachowski
Acteurs: Keanu Reeves , Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss.
Prison de femmes
Catégorie: Sexplotation
Condamnée suite au meurtre de son amant, une jeune femme (la pulpeuse Lina Romay) devra faire la dure expérience de la vie dans une prison féminine. Elle y côtoiera les pires lesbiennes (tiens, un film de Jess Franco…), un libidineux et sadique administrateur de prison ainsi qu'une armée d'extras dans des rôles de gardiens (au moins un) tout en ne perdant jamais ni sa minijupe, ni ses talons aiguilles (attirail de circonstance).
Digne artisan de matériel classé sept dans les horaires télé, Jess Franco ne déçoit jamais. Encore une fois , il crée un véritable petit bijou de bêtise accumulant en chemin juste assez de scénarios pour s'y empêtrer lui-même. Côté technique, il s'agit de la phase "gros plan" de son œuvre: croyez-moi tout y passe, du téléphone au figurant en passant par le revolver, le soulier, le fusil, etc.
On notera au passage la seule scène de flagellation soporifique de l'histoire du cinéma. Faites comme moi, comptez plutôt le nombre de cigarettes allumées par l'héroïne au cours du long-métrage.
Pour les intéressés, une réédition des titres majeurs de notre inclassable hidalgo se prépare sous format DVD. Le dernier Jesus, ancien assistant à la caméra d'Orson Welles lors du tournage de son "Don Quichotte" , "Tender Flesh", était présenté à Fantasia en 1997.
Belgique-Allemagne; À vue de nez, au milieu des années 70
Directeur: Jess Franco
Acteurs: Lina Romay; ???
Rabid
V.F. Rage
Rose (la superstar du hardcore, Marilyn Chambers), jeune femme tout ce qu'il y a de plus normale, subit d'inquiétantes mutations suite à une chirurgie expérimentale. Elle deviendra ainsi porteuse d'un virus apparenté à la rage qui forcera les autorités provinciales à décréter l'état d'urgence sur Montréal.
Deuxième long-métrage de Cronenberg lors de sa période Cinépix, sous la houlette de Ivan "Cannibal Girls" Reitman (qui depuis s'est recyclé à Hollywood avec Ghostbusters, Kindergarten Cop: la famille quoi!). Le film, tourné en 1976, préfigure tout le cycle de films "zombi" des années '80. Le scénario est cependant plus solide, mieux ficelé que tous ces ersatz de "Dawn of the Dead".
Signe des temps, le film - qui jouit maintenant d'une critique positive depuis que les intellos ont admis Cronenberg en leur sein à l'époque de "Dead Ringers" - marque un tournant dans l'œuvre de ce dernier. Deuxième film à traiter, en termes gore, de l'horreur intérieure s'actualisant à travers un comportement prédateur (le premier étant "Shivers"), "Rabid" a bien failli être l'un des derniers films fantastiques du réalisateur.
L'accumulation de mauvaises critiques ayant niqué ses possibilités de financement au gouvernement fédéral, Cronenberg allait par la suite réaliser l'étrange, "Fast Company" portant sur la course automobile.
Les enragés pourront consulter "The Crazies" (aussi appelé "Codename Trixie"), un film tourné quelques années auparavant par Georges Romero.
Canada; 1976
Réalisateur: David Cronenberg
Acteurs: Marylin Chambers, Frank Moore, Joe Silver.
Éric Gagnon
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