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La Zone

LA ZONE VIDEODROME
Cinema et vidéo
par Éric Gagnon

L'air est moite, irrespirable... Depuis des mois, ce que l'on appelait jadis “Soleil“, reste caché derrière un opaque rideau grisâtre d'où s'écoule de temps à autre une pluie noire pourrie de radiations.

Et moi, je n'arrive plus à sortir sans ma combinaison. Il est donc naturel que - junkie unique et merveilleux maître du monde dans mon abri troglodyte - je demeure bien à l'abri chez moi, généralement accroc à toutes ces productions cinématographiques d'avant la Grande Purification...

Je laisse donc, en dernières volontés, le journal de mes séances vidéo à tous les archéologues du futur, humains ou non. Donc - Mesdames, Messieurs, Mutants informes et Gamins gavés de Plutonium - installez-vous bien confortablement, à mon exemple, et laissez-moi quelques instants obtenir un accès direct à votre CERVEAU...

Quelle longue absence! Salut les Gus, je suis donc de retour avec quelques petites notes de visionnement afin de frire convenablement vos neurones avachis par une overdose de blockbusters.

Cette semaine, j'aborderai quelques petits joyaux. Étant un croulant accroc aux eighties (celles du vingtième siècle), je vous conseillerai de laisser libre cours à une petite merveille du néo-progressif qui dicte actuellement la teneur de mes propos: Serpents In Camouflage des Citizen Cain (étiquette Nice ). Excellent et très fantasy (Dance of the Unicorn, The Gathering, etc.). Je suis peut-être aux abris depuis trop longtemps...

Lien: Citizen Cain

À l'affiche

Caligula
Catégorie: Peplum, inceste et prétention

Biographie romancée de l'Empereur romain Caligula pigée à même ce brave Suétone dans "Les douze Césars", "Caligula" demeurera un cocktail bizarre de l'histoire du cinéma. Malgré la présence d'un Gore Vidal au scénario, de Tinto Brass à la réalisation et d'acteurs comme Malcom McDowell (If..., Clockwork Orange), Peter O'Toole (Lawrence of Arabia) et Sir John Gielgud (à lui seul une institution du théâtre anglais), le film reste plat et sans vie. Même l'ajout de scènes sexuellement explicites, au demeurant assez contraceptives en elles-mêmes, par Bob Guccione (le producteur du désastre et éditeur de Penthouse) ne sauve pas l'entreprise.

Prenez-en le conseil de l'Oncle Éric. Ne vous attardez pas à ce truc si vous rêvez de séances prolongées de porno. Prêtez plutôt l'oreille à mes propos...

Ma première expérience avec "Caligula" remonte à l'époque bénie du cours secondaire. Étant une bande de petits voyous du Saguenay, mes potes et moi avions prévu de louer un film de sexe en l'absence des parents d'un copain. Tout ce qu'il y a de plus digne pour célébrer l'arrivée d'hormones en furie (testostérone, man!) dans notre enveloppe boutonneuse... Quelle déception...

Résumons. "Caligula" est une très (mais alors très) pâle copie du "Salò ou les 120 journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini. Guccionne tente de choquer mais ne réussit à excréter qu'un pétard mouillé qui passera plus à l'histoire par les anecdotes qui en ont marqué la conception que par la pertinence de ses provocations. Quelques illustrations pour vous faire tâter le ton. Brass a été jeté hors du plateau à la mi-tournage et remplacé à pied levé par une suite d'incompétents qui a culminé par l'arrivée de Guccionne. Puis Brass, suivi de très près par le scénariste Gore Vidal, a tenté de faire effacer son nom du générique. L'une des actrices (et ex-Penthouse Pet) a poursuivi Guccionne pour dommages irréparables à sa carrière. La cour lui a accordé 4.20$.

On comprendra maintenant mieux pourquoi la carrière de Malcom Mcdowell ne s'est jamais remise de cet énorme bide.

Les indéfectibles admirateurs de décapitation, nécrophilie, viol, bestialité et sadomasochisme pourront toujours se taper les multiples imitations venues de Joe D'Amato & cie : "Messaline, impératrice et putain", "La vie secrète de Néron" ou encore "Caligula réincarné en Hitler". Faut cependant signaler la machine à décapitation. C'est fait. Bonne soirée les p'tits gars.

Italie; 1980; Directeur: Tinto Brass; Acteurs: Malcom McDowell, John Gielgud, Peter O'Toole, Helen Mirren.

Liens: aucun (contienne que du porno... Nous sommes famille que diantre!)

El Topo
Catégorie: Western zen, psychédélisme.

El TopoEl Topo (la taupe), un desperado, cherche à devenir le meilleur tireur de l'Ouest. Flanqué d'une femme en cavale, il tentera de se mesurer aux meilleurs avant d'être aveuglé par l'Illumination mystique. Carrément inclassable, "El Topo" oscille sans cesse entre prétention et ridicule, violence et zen, répertoire et psychotronique. Jodorowsky y accumule une montagne de symboles en couches successives jusqu'à y perdre en route le focus de son film. Points pour l'effort, combien de films sous l'égide western-spaghetti peuvent-ils se vanter d'être l'illustration du cheminement initiatique d'un homme qui devient prophète?

Produit par Allen Klein (ex-gérant des Beatles). La bande sonore, composée par Jodorowsky, était disponible sur Apple Record. Je ne conseille pas de tenter de vous la procurer. Elle vous séparerait d'une véritable petite fortune.

Une adaptation de "El Topo" en bande dessinée sous le crayon du célèbre dessinateur américain Spain a été publiée au cours des années soixante-dix.

Les intéressés peuvent aussi consulter "Rainbow Thief" (une sous-merde selon l'avis du réalisateur), "Santa Sangre" (produit par Claudio Argento, frère de l'autre) "The Holy Mountain" (à mon avis son meilleur) ainsi que "Fandor Y Lys". Jodorowsky se consacre à la bande dessinée et à l'ésotérisme (tarot et franc-maçonnerie) depuis le milieu des années soixante-dix. Quelques-uns de ses meilleurs titres: "Aleftau", "L'Incal" (avec Moebius), "La caste des métabarons".

L'année dernière, Jodorwosky annonçait la production d'une suite à "El Topo", "Sons of El Toro" (les droits sur les perso appartenant toujours à M. Klein) coproduit par le Canada et la France.

Tiens, faudra faire un dossier sur ce gars...

Mexique, 1971; Directeur: Alexandro Jodorowsky; Acteurs: Alexandro Jodorowsky.

En rotation au Cinéma du Parc au mois de Février.

Liens pour El Topo:

http://www.kilima.com/jodorowsky/
http://www.hotweird.com/jodorowsky/

Galaxy Quest

Galaxy QuestLes survivants d'une race extraterrestre font appel à une bande d'acteurs d'une série de sci-fi des années soixante, qu'ils croient être de véritables héros intersidéraux, pour les protéger d'un Gengis Khan cosmique. Alors là, la critique est unanime: désopilant. Excellente parodie du fandom ainsi que du culte existant autour de Star Trek. À mon avis, la meilleure chose depuis l'apparition de William "Mr. Ego" Shatner au Saturday Night Live où il avait traité les trekkies de bande de losers (prouvant ainsi qu'il avait moins de cervelle que sa "moumoute").

Malgré les problèmes de production, les plaintes des acteurs (Tim "the Toolman" en tête) qui se plaignaient de la violence du scénario, et les importantes coupures exigent une refonte presque totale du projet, le tout est excellent. Je n'avais pas tant ri depuis des lustres. Il faut dire que la SF est souvent, dans ses incarnations cinématographiques, un genre aride sans grand humour.

Si, comme moi, vous appréciez la SF humoristique, je vous conseille d'emblée des films tels que "The Creature Wasn't Nice" (une satire du premier Alien où la créature est férue de comédies musicales --- ce que Mel Brooks s'est appliqué à plagier pour une scène célèbre de son soporifique "Spaceballs") ou "The Ice Pirates" (sympathique, incohérent, ultra léger).

À noter, une apparition d'un mec de la troupe comique "Kids in the Hall", Kevin MacDonald!

Voir, pour le pendant documentaire, ""Trekkies" de D. Crosby.

Qui aurait cru que Sigourney Weaver puisse être sexy ?

"Never give up...Never surrender!"

À rapprocher du Adventures of Captain Zoom in Outer Space (1995) de Max Tash.

États-Unis; Directeur: Dean Parizot; Acteurs: Tim Allen, Sigourney Weaver, Allan Rickman; 2000.

Lien: Galaxy Quest

---- (vous êtes vachement surpris hein!)

Pink Flamingos

Pink FlamingosDivine, la personne que les journaux à potins surnomment "la plus dégueulasse d'Amérique", décide de passer un bout de temps tranquille, hors des caméras, en établissant ses pénates dans une maison mobile avec sa mère - une retardée obèse vivant dans un parc pour enfant -, son fils - obsédé de poulets devant l'Éternel et la copine de celui-ci. Son repos sera de courte durée puisque les Marbles, deux pervers jaloux, feront tout en leur pouvoir pour lui ravir son titre...

Probablement le film le plus choquant du monde. Mais pas pour les raisons que vous pourriez penser... Un peu de tout pour tout le monde (cannibalisme, inceste, coprophagie, bestialité, travestisme, etc.), c'est presque un catalogue clinique des psychopathologies. Le tout filmé avec un humour mordant. "Pink Flamingos" accumule tellement de laideur et de scènes chocs qu'il en devient carrément surréaliste, ce qui vaut bien une comparaison avec ce vieux Bunuel. Féroce, inspiré par Jean genet, ce film est le favori de votre chroniqueur. Bon sang que la bande sonore de ce film est cool!

Attention! Il existe deux versions vidéos avec des différences. Je conseille à tous de se rabattre sur celle de la compagnie "Lightning". Mais on n’a pas vécu "Pink Flamingo" sans avoir vu une dizaine de pauvres bougres quitter la salle avec le cœur au bord des lèvres.

États-Unis; 1972; Directeur: John Waters; Acteurs: Divine, Edith Massey, Mink Stole, David Lochary, Mary Vivian Pierce, Dany Miles, Cookie Mueller.

Lien: Pink Flamingos


Éric Gagnon




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