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La Zone
LA ZONE VIDEODROME
Cinema et vidéo
par Éric Gagnon

L'air est moite, irrespirable... Depuis des mois, ce que l'on appelait jadis “Soleil“, reste caché derrière un opaque rideau grisâtre d'où s'écoule de temps à autre une pluie noire pourrie de radiations.

Et moi, je n'arrive plus à sortir sans ma combinaison. Il est donc naturel que - junkie unique et merveilleux maître du monde dans mon abri troglodyte - je demeure bien à l'abri chez moi, généralement accroc à toutes ces productions cinématographiques d'avant la Grande Purification...

Je laisse donc, en dernières volontés, le journal de mes séances vidéo à tous les archéologues du futur, humains ou non. Donc - Mesdames, Messieurs, Mutants informes et Gamins gavés de Plutonium - installez-vous bien confortablement, à mon exemple, et laissez-moi quelques instants obtenir un accès direct à votre CERVEAU...Recyclage

(OH CANADA !)

Cube
En résumé ça paraît simple. Quelques personnes se réveillent au beau milieu d'une pièce en forme de cube. Ils n'ont ni souvenirs, ni indices comment ils ont bien pu se retrouver là. Voilà qu'en cherchant à sortir de cette pièce, il découvrent que cette chambre débouche sur une autre salle identique qui débouche sur une autre salle identique qui débouche... Vous voyez le tableau. Et en plus, le tout est parsemé de pièges bien sanguinolents et mortels. Pas vraiment le club Med...

Je ne suis pas plus nationaliste que personne. Mais j'aime bien à en pincer pour tout ce qui est canadien (ou québécois - je ne désire pas vraiment d'empoignades politiques dans ma chronique, donc pas de courriels haineux!). Et je déteste lancer le pavé à un jeune cinéaste qui a fait du bon travail. Disons que "Cube" a été réalisé de main de maître: beaucoup de valeur de production, des acteurs décents, de bons effets spéciaux. Tout le truc quoi. L'idée de base du scénario est très bien elle aussi. Ça joue vraiment dans les plate-bandes d'Oncle Kafka et de Bill Burroughs: l'absurde, l'angoisse, l'homme face à la bureaucratie invisible, etc. Sauf qu'à la mi-film, bang! Une incohérence majeure de scénario, un changement de cap brusque laissé inexpliqué qui transforme une belle allégorie en vulgaire truc-machin d'aventure-suspense à l'américaine, C'est tout juste si je n'attendais pas le Schwarzenegger bondissant tout muscle au centre de l'écran, héro hébété qui aurait tout réglé d'un bon coup d'huile de coude... Ou de gachette.

Dommage. "Cube" est un excellent film jusqu'à sa première moitié. Ensuite, l'intérêt se perd. Malgré tout, je dirais que le film mérite bien tout le bien qu'on a dit de lui et sa ribambelle de prix amassé à coups de festivals. C'est seulement que je suis un pisse-vinaigre qui est amer et teigneux. C'est tout.

1997; Canada
Directeur: Vincezo Natali

Pi
Un mathématicien, de nature plutôt disjonctée, tente de percer le secret derrière la proportion mathématique Pi, nombre derrière lequel il espère trouver la mécanique de l'Univers. Il devra cependant composer avec une mystérieuse corporation ainsi qu'avec une bande d'hassidim avide de science qui tenteront de lui subtiliser ses travaux (et le peu de santé mentale qui lui subsiste).

Pi est simplement l'un des meilleurs films canadiens qu'il m'a été donné de voir depuis longtemps. La photographie, noir & blanc, rappelle le David Lynch des premières époques. Le scénariste de Pi a d'ailleurs injecté quelques éléments de l'univers du maître d'Eraserhead en construisant quelques séquences particulièrement absurdes d'où émergent un humour féroce, particulièrement lors de scène où le protagoniste se laisse envahir par une saine dose de folie paranoïaque. Recommandé.

1998; Canada
Directeur: Darren Aronofsky

TOUS SUPERSTARS !

Pecker
Pecker est un jeune homme très bien. Il aime photographier les gens de son patelin à Baltimore, même si souvent ceux-ci ne sont qu'une bande de crades vaguement tarés (genre résultat d'incestes). Il se trouve qu'un jour une photographe de la grande-ville se passionne pour la travail de Pecker et le transforme en coqueluche de salons New-Yorkais. Pecker laissera t-il corrompre son amour des petites gens de son coin de pays par l'attrait de la célébrité?

Ceux qui connaissent John "The Pope of Trash" Waters risquent fort d'être surpris par cette petite oeuvre intimiste qui laisse libre cours au côté "Capra-esque" du réalisateur. C'est avec beaucoup d'affections que Waters s'efface derrière Pecker, qui est un calque de lui-même, et qu'il jette un oeil sur les gens qui ont peuplé ses films. Les habitués de Waters y reconnaîtront sans difficultés des personnages insipirés d'Edith Massey, de Cookie Mueller et d'autres acteurs décédés ayant travaillé avec lui à travers les années. Waters livre ici un portrait vivant, optimiste et tendre des bas-fonds de Baltimore et du milieu gay, ce qui ne l'empêche pas de décocher quelques petits dards cinglants à l'intention des intellectuels ayant dénaturé son oeuvre au cours des années. Très bien. Marque aussi l'une des dernièes occasions où l'on peut voir Christina Ricci dans sa phase pré-anorexique.

1998; USA
Directeur: JOhn Waters

ANIMES NON PORNOGRAPHIQUES

Perfect Blue
Une ancienne vedette de pop japonaise décide de mettre un terme à sa carrière afin d'effectuer une transition vers la télé. Elle y découvrira combien le milieu est difficile et cruel. Et qu'un de ses fans, sérieusement fêlé, est bien décidé à ne pas la laisser ruiner sa carrière... même si l'idôle doit elle aussi se soumettre à la loi du au couperet elle.

On a décrit "Perfect Blue" comme un mélange entre Alfred Hitchcok et Dario Argento. Et pour une fois, je suis d'accord. C'est la première fois qu'un animé japonais m'impressionne autant. Vraiment très bien. Et adulte sans même une scène de jeune fille déshabillée sauvagement par une tentacule (les habitués de l'anime comprendront...). Génial, à louer une fois, deux fois, etc.

1997; Japon
Directeur: Satoshi Kon
 

Éric Gagnon



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