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France
1959
Georges Franju
5 minutes
- Pierre Brasseur
(Professeur Genessier)
- Alida Valli
(Louise)
- Edith Scob
(Christiane Genessier)
- François Guerrin
(Jacques Vernon)
- Alexandre Rignault
(Inspecteur Parot)
- Claude Brasseur
(un inspecteur)
Titres alternatifs
- Horror Chamber of Dr. Faustus
- Eyes Without a Face
- House of Dr. Rasanoff

(5 Tor = un chef d'uvre;
1 Tor = ne vaut pas le prix d'entrée)
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Les yeux sans visage
Une autre film d’horreur européen! Commencez-vous à vous faire une idée du
genre de productions que j’aime? Et de France, en plus! Ce ne sont pas les français qui ont
la plus grande réputation de produire de telles œuvres, vous allez me dire. Mais comme je
l’ai déclaré souvent, les italiens, les espagnols, les français, les allemands
ont des manières de nous montrer les choses très différentes des anglo-saxons.
Cet aspect de leur cinéma fantastique me touche pas mal plus, d’où mon admiration pour des
créateurs comme Bava, Franco, Rollin et cie. Parler de ce film veut dire parler également
de son réalisateur, Georges Franju, un spécialiste d’images poétiques. Il a
déjà réussi à rendre un documentaire sur un abattoir presque touchant.
Et son long-métrage JUDEX est un des films les plus beaux que j’ai vu visuellement. Il n’a
jamais eu de sujets reposants et aurait pu être tout un visionnaire si sa carrière
aurait été plus longue (seulement huit longs métrages).
LES YEUX SANS VISAGE est principalement reconnu pour une seule scène et c’est dommage, car
il a des mérites bien plus importants. Qui aurait cru qu’une des scènes annonciatrices
de « gore », cinq ans avant BLOOD FEAST, aurait parue dans un film français de 59? Avec
Claude Brasseur, en plus, grand comédien des ENFANTS DU PARADIS? C’est bien ce qu’on nous
offre ici, alors qu’une infortunée se fait « opérer » la face, dans le but de lui
retirer la peau pour la greffer sur une autre fille défigurée suite à un accident.
Cette petite séquence est surprenante, montrée de façon documentaire et vient nous
couper les jambes de façon très efficace.
Ah, mais il y a plein d’images marquantes
dans cet étrange film : la fille du docteur qui cache sa laideur sous un étrange masque blanc
(qui me fait penser à celui utilisé dans HALLOWEEN, supposémment basé sur les
fameux traits héroïques de William Shatner, en passant); les photographies de sa
détérioration suite à une nouvelle greffe ratée; le kidnapping des
« sujets », comme si de rien n’était; l’assistante du docteur, espèce de mante
religieuse traquant de jeunes filles fugueuses, avec un collier de perles serré autour du cou;
les cages où sont retenus les chiens; le noir et blanc qui rend tout cela froid et clinique...
L’influence de ceci allait être assez forte pour créer un sous-genre mineur du cinéma
d’horreur : les savants fous obsédés à rendre la beauté à leur fille
ou épouse ou maîtresse en leur donnant ou greffant ou collant les membres ou traits ou
épidermes de danseuses ou prostituées ou infortunées. Exemple? THE AWFUL Dr. ORLOFF
de Jess Franco (lui qui allait revenir souvent sur le sujet); LA ROSE ÉCORCHÉE; CIRCUS OF HORRORS;
même THE BRAIN THAT WOULDN’T DIE pour n’en citer que quelques-uns.
En plus de tout ça, il y a un certain érotisme caché en-dessous des agissements
des personnages, avec un penchant vers le lesbianisme, ce qui avait disparu du cinéma
américain depuis DRACULA’S DAUGHTER en 1936! Cette tendance allait rester propre aux films
fantastiques européens à venir, avec des effets penchant souvent vers le ridicule,
malheureusement. Reste que LES YEUX SANS VISAGE est un précurseur de choses à venir, tout
en demeurant un film exemplaire du genre. Tiens, j’ai vu ça à la Cinémathèque,
bien installé sur un confortable fauteuil et Télé-Québec l’a déjà
eu au programme (à un moment-clé, un dimanche après-midi à 14 h 30, wow).
Benoît Chénier
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