Festival de la science-fiction et du fantastique
Les 2,3,4 octobre 1998
Les 2,3 et 4 octobre dernier avait lieu la neuvième édition du Festival de la science-fiction et du fantastique
Concept/Boréal. Pendant trois jours, des amateurs de sf et de fantastique provenant des quatre coins du
Québec, de l'Ontario et même des États-Unis se rassemblent et discutent de sujets aussi variés que les
raisons poussant les femmes à écrire des histoires d'horreur, la place de la science-fiction dans le
cinéma, en passant par des questions d'actualité. Par exemple, est-ce que Superman a besoin de
Viagra? Après tout, il fête cette année son soixantième anniversaire...
En entrant dans ce lieu consacré à l'imaginaire, au curieux et parfois même à l'horrible, on a
l'impression de pénétrer dans une autre dimension, à milles lieux de celle du commun des mortels qui
occupe ses journées à la routine métro-boulot-dodo. En fait, on a plutôt l'impression que les vrais
passionnés s'enferment à longueur de journée dans leur sous-sol, à dévorer des livres, films et autres
bandes-dessinées. Pire encore, qu'ils s'arrachent les yeux à coller les minuscules morceaux de
modèles réduits de Dracula ou Batman frôlant souvent la centaine de dollars. Les mieux nantis se payant les
services d'un professionnel comme Robert Tremblay. "Mes clients sont des collectionneurs, ils veulent
que leurs figurines soient identiques aux personnages du film, rien de moins, explique-t-il en montrant une
figurine en résine de plastique de Pinhead (du film Hellraiser), évaluée à 550 dollars. "
"Je suis un amateur de jeux de rôles et j'admire les gens s'associant pour se servir de leur
imagination afin de réinventer le monde, commente un grand blond aux yeux verts fluos. Cela dit, j'ai
assisté à quelques ateliers et je dois admettre que je me sens complètement déconnecté. Visiblement, je ne
tripe pas assez sur la sf pour embarquer dans les discussions", ajoute cet ingénieur stagiaire en génie conseil
dans le domaine environnemental.
Car il faut bien l'admettre, les passionnés ont vraiment l'air de ne faire que ça, de
ne vivre que
pour ça! Bien sûr, c'est un stéréotype, poursuit Éric Arson, animateur de radio à CKOI. C'est son
père Albert, dont le premier roman paraîtra dans quelques mois qui lui a transmis sa passion pour la
science-fiction. "Il possède une impressionnante collection de livres et il avait très hâte que mes frères et moi,
on allume sur la sf. On a vraiment accroché le jour où on a vu les trois Star Wars". L'animateur, présent
lors du festival afin d'écouter 48 heures d'épisodes de Star Trek, assure qu'il ne se
considère pas du tout comme un maniaque, même s'il possède plus de 300 films vidéos sci-fi.
"J'aime le genre et sa philosophie mais je ne pousse pas l'obsession jusqu'à savoir que
James Doohan, comédien dans la série Star Trek, a un doigt coupé et qu'on le voit dans deux
épisodes... Les vrais passionnés qui sont ici en fin de semaine portent les costumes de leurs personnages
préférés et considèrent que c'est tout à fait normal. Ils ont hâte de se retrouver entre eux. La soirée
costumée qui a lieu chaque année est plus que l'Halloween pour eux, assure le fondateur du fan club
Alliance Fiction Montréal, devenu le magazine Internet AstroneF Magazine. Selon lui, il y a assez
d'amateurs de sf au Québec pour attirer plus de 5000 personnes au festival Concept/Boréal. "Mais
jusqu'à cette année, les médias ne s'y intéressaient pas", déplore-t-il.
La prolifération des émissions et le succès qu'elles connaissent prouve l'engouement du public
pour la science-fiction et le fantastique. En effet, The X-Files, Millenium, Psi Factor, Xena:Warrior Princess,
Hercules, Babylone 5, etc., n'ont jamais eu autant d'adeptes qu'en cette fin de siècle. Et
justement, le nouveau millénaire est en partie responsable du succès des émissions futuristes. Les gens
veulent savoir comment ça va se passer. "Quand tu es tout jeune, tu as l'impression que le contenu des
films de science-fiction, des séries comme Cosmos 1999 ne se réalisera jamais. C'est dans moins de
deux ans et je trouve ça hallucinant!", lance Éric Arson.
Alors, qu'est-ce qu'attendent nos créateurs pour lancer une série télévisée de science-fiction
québécoise? Les personnes interrogées s'entendent toutes pour dire que c'est une question de
sous. Sans oublier qu'en matière de sf et de fantastique, le produit de nos voisins américains est encore
une fois considéré comme la norme à atteindre. Cela dit, Daniel Sernine, auteur de plus de 40 romans de sf,
croit que l'engouement pour la fiction appartient au cinéma et à la télévision et non à la littérature.
Toutefois, Louise Alain, directrice du marketing aux Éditions Alire, affirme que les jeunes lisent beaucoup. De
plus, ils sont habitués dès leur arrivée à l'école à lire des auteurs québécois. "C'est normal pour
eux de lire des livres de sf, des romans policiers, de fantastique et d'horreur écrits par des auteurs de
chez nous. Se sont plutôt les adultes qui sont encore septiques quant aux talents de nos Francine Pelletier,
Élisabeth Vonarburg, Patrick Sénécal, Joël Champetier, Yves Meynard et j'en passe".
C'est pour rencontrer les auteurs présents pendant le festival que Kith est venue de Toronto avec une
amie. Selon elle, l'engouement pour la sf est une affaire de marketing. "Men In Black et The X-Files ont
rapporté des millions à l'industrie du cinéma, c'est donc normal que les gens
s'intéressent de plus en plus au genre". Même si elle s'envole dans quelques jours pour la
Californie afin d'assister à une convention de science-fiction, elle ne se considère pas comme une
maniaque.
Parlant de fanatique, l'invité d'honneur de Concept/Boréal 98 était nul autre que
Forrest J.
Akerman. Fondateur en février 1958 du magazine Monsters of Filmland (qui existe encore aujourd'hui)
et propriétaire de l'Akermansion, véritable musée du monstre et de la sci-fi situé à Hollywood. Sa
passion pour les films et la fiction remonte à 1926, il avait alors 9 ans. "J'attends l'an 2000
depuis mon enfance. Comme tous ceux s'intéressant à la sf, j'ai hâte de savoir ce qui se
passera au cours des cent prochaines années et selon moi, les créateurs de science-fiction sont les mieux
placés pour nous le montrer", assure celui qu'on a pu voir dans le vidéo Thriller de Michael Jackson.