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ÉDITORIAL X-BEN 2ième édition
FANTASIA 99
Ce deuxième éditorial aura la forme d'une série de courtes critiques sur les quelques films que j'ai vus à FantAsia cette semaine. Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud et j'en profite pour discuter de mon festival favori (après celui du Blé d'Inde, de la Gibelotte, de la Morue…).

OUT OF MIND
Quelle surprise, le premier film de la programmation FantAsia 99 que j'ai pu voir est ce court-métrage canadien sur H.P. Lovecraft. Ce qu'il y a d'étonnant, il a été visionné dans le confort de mon salon, alors que la station Bravo! diffusait cette production jeudi le 22 juillet au soir. Réalisé par Raymond St-Jean, ce documentaire mélange quelques anecdotes de la vie du célèbre écrivain tourmenté de Providence, R.I., avec une histoire plus ou moins convaincante portant sur un jeune homme qui hérite du livre maudit Necronomicon. Pas nécessairement mauvais, mais je me suis surpris à trouver cela longuet, malgré une durée limitée de 55 minutes.
Particulièrement impressionnant est le comédien qui tient le rôle de Lovecraft, Christopher Heyerdahl. Il a l'air aussi constipé et obsédé que l'original, tout en laissant percevoir une petite pointe d'humour noir bienvenue. Une espèce de monstre gluant (ressemblant à un tas de boue avec des racines et deux yeux) est de la partie et le tout est fidèle à l'esprit de l'auteur. Malheureusement, tout cela n'a pu bénéficier d'un budget à la hauteur de l'ambition du metteur en scène et paraît un peu simplet, surtout pour les non-initiés. Lovecraft a déjà avoué qu'il montrait "très peu" d'intérêt à la sexualité, et quand on déchiffre son oeuvre, avec sa multitude de créatures ressemblant à d'immenses vagins ornés de tentacules ou monstres phalliques d'autres dimensions, on se demande qu'est-ce qui pouvait VRAIMENT l'inspirer.
Ce film sera présenté le 5 août, en compagnie de quelques autres courts-métrages. Fait avec conviction, mais sans se rouler par terre.
THE MIGHTY PEKING MAN
C'est avec plaisir que j'ai retrouvé quelques visages familiers à l'Impérial, alors que ma participation au festival a débuté avec cette présentation à saveur psychotronique. Et quelle entrée en matière! Le parfait "midnight movie"!
Ce film d'aventures provenant des Studios Shaw raconte l'histoire d'une expédition à la recherche de l'Homme de Pékin, chaînon manquant géant, une espèce de King Kong au faciès subtilement plus humain qu'un simple primate. Un jeune Danny Lee (qui sera plus connu pour sa participation au classique de John Woo THE KILLER) se retrouve dans la jungle et finit par s'éprendre de la copine du colosse, une charmante blonde sauvage. Cette dernière possède toutes les caractéristiques de Tarzan, autant du côté vocabulaire que vestimentaire (tout en étant soigneusement maquillée: bleu sur les paupières, lip-gloss, etc.). Notre héros apprend qu'elle a été la seule survivante d'un désastre aérien étant fillette et qu'elle est ainsi devenue amie des animaux. Amie des animaux? Elle contrôle le gros singe comme si de rien n'était, et joue avec éléphant, tigre et léopard de manière convaincante. La comédienne tenant le rôle, Evelyn Kraft, m'a fortement impressionné par sa beauté et son interaction avec les différentes bêtes. Une scène inoubliable nous la montre au ralenti, tenant le léopard sur ses épaules (!) et tournant sur elle-même, le tout sur une petite musique disco sentimentale. Voilà un des rares films qui est pratiquement sauvé par la présence inestimable d'une actrice très mauvaise. Sans elle, le scénario ne pourrait pas tant captiver. Contradictoire, mais vrai.
Évidemment que notre Gargantua sera ramené à la civilisation, à Hong Kong pour être précis, où il deviendra à son corps défendant simple bête de cirque, objet d'incompréhension et de cruauté de la part de l'humanité. Le tout se terminera en tragédie, avec un détail qui n'était pas nécessairement prévisible au premier abord. Alors que la première heure du film est d'un ridicule absolu, la demi-heure finale (malgré la piètre qualité des effets spéciaux) m'a cloué sur mon siège pour ses scènes d'action enlevantes et musique tonitruante. J'ai adoré THE MIGHTY PEKING MAN qui remplit sa mission de divertir de façon exemplaire, même si c'est souvent à son insu. De plus, la qualité de la copie est à souligner. Les spectateurs semblaient avoir apprécié. C'est Quentin Tarantino qui a ressorti cette production de 1977 des boules à mites, comme il a fait pour SWITCHBLADE SISTERS et Cie.
KUNOICHI: THE LADY NINJA
Ugh! Je m'attendais beaucoup de ce film, alors que le réalisateur Hitoshi Ozawa m'avait ébloui avec deux autres oeuvres, ZERAM II et MAKARAGA, exemples parfaits d'ingéniosité et d'imagination du cinéma japonais contemporain.
Ici, on nous expose les méfaits d'un chef de clan à la libido surchauffée, qui kidnappe les jeunes filles des villages avoisinants pour en faire ses objets de plaisir. Il est secondé par sept guerriers/démons malcommodes. Sept des nonnes du couvent lui tiennent tête et décident de chercher vengeance contre ces envahisseurs. Épaulées par un samurai légendaire, elles devront faire preuve de grand courage pour éliminer un à un leurs terribles adversaires.
Ce film promettait tellement que c'est honteux de le voir incapable de saisir l'opportunité de nous éblouir. Les scènes d'action sont filmées de manière confuse, alors qu'on se demande qu'est-ce qui se passe. Le cabotinage de la plupart des comédiens masculins est pratiquement insupportable. Les sept guerrières ninjas sont peu convaincantes dans leur gestuelle: les super-putes kung-fu de DOLEMITE pourraient leur tenir tête (quoique la scène où une des jeunes filles ninja repousse les vilains avec des filets d'énergie provenant de ses mamelons a un je-ne-sais-quoi…). La divine Yuko Moriyama demeure le seul point d'intérêt de toute l'entreprise.
Alors que l'on croit que le tout sera sauvé par une finale à couper le souffle, les dernières 40 minutes s'enlisent encore plus, nous présentant une poignée de nouveaux personnages dont nous nous serions bien passé. Un ennui mortel s'installe et la fin est une amère déception. Quel horrible dérapage pour ce film auquel je m'attendais à être impressionné. Mais le festival est jeune et j'aurai une multitude d'autres films à vous parler.
Voici le site officiel de FantAsia: www.fantasiafest.com.
Benoît Chénier
Archives:
Semaine du 19 juillet 1999
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