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Horreur retour
 Éditions Alire

Pourquoi l'horreur ?

par Sébastien Sourdif

" Le film d'horreur est mort ! " Cette phrase lancée à la fin des années 70 par nombre d'intellectuels dénigrant ce genre sans même lui accorder de chance, fût une des plus fausses de toute l'histoire du cinéma. En effet, John Carpenter , réalisateur d'Halloween, Halloweenallait lui redonner ses lettres de noblesse. Son chef-d'œuvre demeure en tout point comparable et même supérieur, selon moi, au Psycho d'Hitchcok. Depuis, le genre a connu ses bons et mauvais moments et n'a jamais plus disparu de nos écrans. Il y a même, depuis quelques années, une recrudescence du film d'horreur. Il faut cependant souligner que ceux-ci sont trop souvent des produits fades des majors destinés à une clientèle sans cervelle. Il reste néanmoins que l'horreur marche toujours ! On pourrait alors facilement se poser une question: Pourquoi l'horreur ? En effet, quoi de plus anormal en apparence que de se délecter de tripes dégoulinantes et de sang frais !

Il faudrait peut-être chercher tout d'abord au niveau social; le cinéma d'horreur/fantastique a souvent eu tendance à se tourner en période de crise sociale. La crise économique du début du siècle a engendré le début des films de monstres (momie, dracula, etc.). Les années de la résistance en Italie et la décennie qui suivit fit de ce pays le berceau de l'horreur (gallio) pendant plusieurs années avec des cinéastes poètes tel Dario Argento. Le film de Carpenter arrive en 78, au bord de la déchirure entre le " peace " des années 70 et le " money and profit " des années 80.

Le renouveau de ces dernières années pourrait-il signifier que nous approchons d'une nouvelle ère sociale économique ? Espérons que cela fera tourner le vent de l'idéologie actuelle parce qu'avec l'obnubilation du déficit zéro, nous allons bientôt en arriver à une société zéro !

Il y a aussi tout le facteur freudien ! Si les gens apprécient la vision des meurtres et du sang, c'est peut-être parce qu'ils ne sont pas si innocents qu'ils le croient (j'ironise ici). Certaines pulsions de violence sont évacuées par la pratique du sport, par l'impatience ou encore par le fait de donner un coup sur la table… d'autres le font à l'aide de films d'horreur. En ce sens, l'horreur est un genre apaisant pour une société.
Pourquoi alors tant de gens mettent-ils la faute de la violence dans notre société sur le cinéma ? Peut-être n'ont- ils pas compris que la violence est au fond de nous (sûrement au niveau reptilien) et pas sur un écran baigné de lumière.

Il y finalement le divertissement esthétique du genre: aimer se faire peur, apprécier le suspense, la musique tonitruante ou encore les jeunes filles qui crient ! L'horreur est un des seuls genres à ne pas avoir été complètement vampirisé par les majors ; une originalité certaine et un renouveau continuel en découle. C'est donc à un niveau esthétique que le cinéma d'horreur prend toute son importance. À cause d'une distribution aléatoire et à des budgets limités (comme ceux du Canadiens par exemple), l'horreur est en constante progression et offre à l'amateur le plaisir perdu du cinéma lequel, en tant qu'art, cherchait à se renouveler, à trouver de nouveaux moyens d'expression. Au fond l'horreur, c'est comme Godard, sauf que tout le monde comprend ! (j'ironise encore, j'aime bien Godard)

Dans le thème de l'horreur qui se renouvelle, je voudrais clore cet éditorial par l'étrange cheminement de Blair Witch Project qui vaut le détour pour l'idée et l'inventivité des cinéastes.

Il y deux ans, deux jeunes réalisateurs réussissent à amasser environ 40 000 dollars et réalisent Blair Witch Project. Ils décident d'accompagner le processus de création du film d'un site internet aux informations factices qui sera la continuité du film, son complément essentiel. Le bouche à oreille faisant son travail, des internautes de plus en plus nombreux se rendent sur le site. Jusqu'à ce qu'un animateur de radio qui gagne beaucoup d'argent leur offre de payer pour que le film soit à Cannes ! Après le premier prix dans leur poche, (prix jeunesse) ils se rendent à Sundance où une maison de production achète le film. La suite, vous la connaissez; le film arrive en salle précédé d'une réputation ambiguë et casse la baraque avec plus de cent millions de recette. Comme quoi la débrouillardise et le talent auront toujours besoin d'un coup de main quelque part (ceci était un message subliminal pour nos institutions cinématographiques). En attendant, on peut parier que les majors vont investir beaucoup plus d'argent sur internet qu'ils ne le faisaient auparavant !

Sébastien Sourdif
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