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LAURA GEMSER
Il y a toujours des grandes oubliées quand on dresse des listes d’actrices ayant ébloui le firmament du 7e Art. Peut-être par embarras, souvent par ignorance, certains omettent des noms qui me paraissent essentiels à honorer. Certaines comédiennes ayant joué dans des productions à sujets plus ou moins tabous sont trop souvent mises de côté, alors que d’autres ayant connu une carrière respectable mais monotone, sont adulées injustement. Dans ce dossier, j’ai tenté à quelques reprises de rendre hommage à ces grandes ignorées (notamment avec Edwige Fenech et Daria Nicolodi). C’est encore le temps aujourd’hui de parler de quelqu’un qui mérite pleinement notre attention: Laura Gemser. Qui c’est-ça, me demandez-vous? Comment, n’avez-vous jamais entendu parler de Black Emmanuelle? Quoi, vous n’avez jamais vu PORNO HOLOCAUST ou PÉNITENCIER DE FEMMES? Je suis surpris… Alors, voilà un autre genre de Scream Queen, une digne représentante de la Série B comme on l’adore. (Et si je vous confie, par-dessus le marché, qu’il y a déjà eu une Yellow Emmanuelle? Mais c’est une histoire pour un autre jour).
Née en 1950 à Java, en Indonésie, Laura Gemser demeure une beauté unique dans l’histoire du cinéma. Son magnifique visage exotique nous empêche de deviner ses origines probablement mixtes. Je n’ai pas trouvé grand'chose sur le Net pour tenter d’établir une biographie détaillée (à part quelques paragraphes en allemand, et vous savez comme moi comment fonctionnent les logiciels de traduction…). Elle semble avoir démontré de l’intérêt pour la couture, mais c’est en tant que mannequin que sa photo est parvenue entre les mains de producteurs italiens qui s’empressèrent de contacter son agence. Ils l’engagèrent sur-le-champ pour son premier film, FREE LOVE, en 1974, dirigé par Ludovico Pavoni. Tourné dans les Seychelles, ce premier titre offrira déjà une caractéristique de la filmographie de Laura: des tournages sur des lieux exotiques à faire rêver. Elle avait auparavant posé pour des magazines pour hommes européens, dont Lui et Playman, numéros légendaires devenus des pièces de collection.
L’année suivante, Laura a un court rôle dans le deuxième film de la série Emmannuelle avec Sylvia Kristel, EMMANNUELLE L’ANTIVIERGE de Francis Giacobetti (qu’elle connaissait depuis un bout de temps grâce à diverses sessions photographiques). Dans une des scènes les plus mémorables de toute la série, Laura masse le personnage d’Emmanuelle avec un enthousiasme bien apprécié. Amateurs de BLEU NUIT, vous savez de quoi je parle. Tout cela résultera pour Laura à se faire offrir le rôle de Black Emmanuelle, qui sera le premier épisode d’une série parallèle à l’Emmannuelle originale. Ah, les années soixante-dix… Certains films s’amuseront à coller le nom Emmanuelle à leur titre, même si rien dans l’intrigue n’avait à voir avec la série légitime, juste que Laura apparaissait à l’écran!
BLACK EMMANUELLE sort en 1975 et est dirigé par Adalberto Albertini. Un des comédiens au générique se nomme Gabriele Tinti, qui roulait sa bosse dans le métier depuis 1952. Il tombe dans l’œil de Laura alors qu’elle visite le bureau de production à Rome et ils débuteront une relation romantique pendant le tournage de scènes au Kenya. Conséquemment, Laura s’établira pour de bon en Italie pour demeurer avec lui et il partagera la scène avec elle pour une grande majorité de productions. L’actrice allemande Karin Schubert est également de la partie, elle qui était plus connue pour des films d’aventures européens. Sa carrière prendra un drôle de tournant au milieu des années 80, alors qu’elle tourne dans des films qu’on ne peut catégoriser que comme "pour adultes" (de Jean-Louis Trintignant à Rocco Sifredi The Italian Stallion, tout un parcours, non?). Et elle tentera de se suicider, à un certain moment. Finalement un favori personnel, Venantino Venantini, est aussi au générique, présent également dans FREE LOVE. Laura tient le rôle de Mae Jordan, une photographe qui est envoyée en Afrique pour y travailler pour un "photo-shoot", et qui mêlera l’utile à l’agréable en ayant toutes sortes de relations érotiques, sous une trame sonore inoubliable.
Comme mentionné, le succès de BLACK EMMANUELLE débutera une série très colorée, qui sera prise en charge par Artistide Massaccesi, figure dominante des séries B italiennes et mieux connu sous le pseudonyme de Joe D’Amato. Il y a quand même eu un BLACK EMMANUELLE 2 avec une autre actrice, Sharon Leslie, toujours par Albertini. Vous êtes confus? Pas grave, regardez les photos. Son expérience devant les caméras de magazine de charme est bénéfique pour Laura, qui ne semble pas nécessairement embarrassée à être nue pour cette multitude de productions à venir. Mais d’après ses dires, les équipes de tournage étaient toujours professionnelles. Ces films n’avaient rien d’explicite comme on peut voir dans des XXX courants et furent populaire à cause de localités exotiques visitées et la beauté unique de Laura.
1976 sera une année fort occupée pour Laura Gemser. Elle épouse Tinti, union qui durera jusqu’à la mort de ce dernier en 1991. Elle tourne son premier film avec D’Amato, GIRL IN A SEMINARY, comédie où elle joue une bonne à tout faire… littéralement. Avec Jacques Dufilho, en plus! EMMANUELLE ON TABOO ISLAND sort sur les écrans (avec Arthur Kennedy, un vénérable acteur américain qui devait se demander ce qu’il foutait là). Elle tourne à Hong Kong avec Jack Palance pour BLACK COBRA. BLACK EMMANUELLE IN BANGKOK prend l’affiche. Même chose pour EMMANUELLE IN AMERICA (où Emmanuelle enquête sur des "snuff movies"!). Finalement, on peut la retrouver dans DEUX SUPER-FLICS avec Terence Hill et Bud Spencer, dans le rôle de Susy Lee.
La série se poursuit avec EMMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE, où notre photographe favorite enquête sur ce qui semble un trafic d’esclaves féminines. Après vient BLACK EMMANUELLE WHITE EMMANUELLE, EMMANUELLE AROUND THE WORLD (dont le titre veut tout dire et encore une histoire de traite de blanches en cinq courts épisodes), et surtout EMMANUELLE AND THE LAST CANNIBALS (aussi connu sous le charmant titre TRAP THEM AND KILL THEM) qui réunit notre héroïne préférée avec des éléments de films "gore" et surtout la nouvelle vague populaire de films de cannibales ultra-violents. Diverses versions existent de cette indescriptible production, avec scènes érotiques et/ou dégueux supprimées à des niveaux différents, qui vaut le coup d’œil et justifie presque à elle seule la présence de Laura ici. C’est curieux de constater que Laura a déjà avoué elle-même qu’elle s’endormait fréquemment pendant les tournages, pendant que les techniciens s’affairaient à résoudre divers problèmes manuels. Gageons que tous ces lit moelleux en aurait fait autant pour tous.
1978 voit l’arrivée de SISTER EMMANUELLE où notre personnage décide d’entrer au couvent pour se faire pardonner ses innombrables péchés de luxure… qu’est-ce qui me dit que ça ne durera pas? Ensuite vient EMMANUELLE IN THE COUNTRY et EMMANUELLE THE SEDUCTRESS. Laura a le temps de tourner dans un film belge EXIT 7 dans le rôle d’une hôtesse de l’air. En 1979, elle est aperçue dans COLLECTION PRIVÉE, film réunissant trois sketchs par Walerian Borowczyk, Shuji Terayama et Just Jaeckin (réalisateur du tout premier EMMANNUELLE avec Sylvia Kristel). Elle est la princesse d’une île enchanteresse peuplée de femmes qui recueilleront un naufragé. Elle tourne dans WOMAN FROM THE TORRID LAND avec un autre acteur américain sur le retour, Stuart Whitman. LES SECRETS ÉROTIQUES D’EMMANUELLE sort sur les écrans, où on la retrouve mariée et prête à faire exécuter son mari abusif! Pour terminer l’année, elle a un court rôle dans THE BUSHIDO BLADE, rejoignant peut-être la meilleure distribution de sa carrière avec Richard Boone, James Earl Jones, Toshiro Mifune, Mako et Sonny Chiba! Film d’aventure d’époque assez intéressant.
En 1980, Laura tourne avec Riccardo Freda dans FEAR, qui sera le dernier film du réalisateur, considéré père de l’Âge d’Or du cinéma d’épouvante italien avec son I VAMPIRI en 1956. Puis vint EROTIC NIGHTS OF THE LIVING DEAD de D’Amato, un de mes titres favoris de tous les temps, où on peut observer un monstre mutant possédant un pénis meurtrier. Le succès de CALIGULA de Bob Guccione inspire CALIGULA: THE UNTOLD STORY, qui nous offre encore une foule d’excès de l’empereur dérangé. Merveilleux costumes pour Laura, par contre. DIVINE EMMANUELLE est produit en 1981 qui conte l’histoire d’un culte secret dévoué au sexe et qui a Laura comme Grande Prêtresse. Comment mieux choisir? La série se poursuit en 1982 avec EMMANUELLE IN HELL, qui nous propose un scénario où Emmanuelle se retrouve dans un horrible institut carcéral féminin pour enquêter sur les conditions inhumaines s’y trouvant, et EMMANUELLE QUEEN OF THE DESERT. Toujours la même année, Laura retrouve Stuart Whitman et deux autres vieux acteurs fatigués, Edmund Purdom et Woody Strode pour HORROR SAFARI, avec également la participation d’un ancien méchant de la série James Bond, Harold Sakata (Oddjob dans GOLDFINGER).
En 1983, Laura joue une télépathe dans le film d’action futuriste ENDGAME, qui est divertissant dans le style post-apocalypse très à la mode à cette époque. ATOR THE FIGHTING EAGLE suit, un produit rendant hommage aux films de barbares eux aussi devenus populaires suite au succès de CONAN THE BARBARIAN. Ator est joué par l’inexpressif Miles O’Keefe et Laura tient le rôle d’une sorcière. Disons que la série ATOR n’est pas la plus réussie de tous les temps, n’est-ce pas, les ami(e)s? Mais la plus grosse surprise en 1983 pour Laura Gemser est sa participation majeure à un film pour la télévision américaine avec Monsieur Petite Maison dans la Prairie lui-même, Michael Landon! Même après l’avoir engagée, le réalisateur tenait absolument à ce que personne ne sache que l’actrice avait un passé dans des œuvres érotiques, alors son nom de comédienne fut changé par "Moira Chen", au grand déplaisir de Laura. L’histoire est celle d’un journaliste américain qui tente de voler au secours de sa fiancée originaire du Laos, alors que le pays devient communiste. Jurgen Prochnow, Edward Woodward et Priscilla Presey (!) sont également au générique. Mais il y a encore du Emmanuelle dans la filmographie de Laura, notamment UNLEASHED PERVERSIONS OF EMMANUELLE et EMMANUELLE ESCAPES FROM HELL, le dernier film de la série pour notre actrice, qui nous ressort encore le script où le personnage principal est en prison et se fait abuser.
À partir de 1984, Laura commence à moins tourner. Le "softcore" européen est de moins en moins importé, et ne sera disponible qu’en vidéocassette, du moins en Amérique du Nord. Le cinéma italien en général allait connaître certaines difficultés. Quand même, Laura reste fidèle à D’Amato et continue à participer aux titres érotiques du prolifique metteur en scène. En 1987, Laura fait une courte apparition dans un film avec Traci Lords, OBJECT OF DESIRE! La rencontre de deux légendes d’érotisme? Ah! La même année, notre actrice est au générique de METAMORPHOSIS, un film d’horreur où un savant expérimente avec un sérum de son cru et se transforme en monstre gélatineux.
Pendant le tournage de DIRTY LOVE en 1988, D’Amato entend Laura dire qu’elle a déjà étudié la couture. Il lui suggère d’être costumière sur ses prochains films (et ainsi ne lui donne qu’un seul salaire pour son travail, ainsi que pour ses services d’actrice! Ah, les méandres du cinéma italien à petit budget!). Ses rôles diminuent en tant que minutes de présence à l’écran, mais elle poursuivra cette nouvelle facette de sa carrière pour une poignée de films. En 1990, c’est un retour à la série Ator, pour ATOR L’INVINCIBLE. Finalement en 1992, Laura Gemser tourne son dernier film LOVE PROJECT. Comme de fait, c’est une production de D’Amato. Elle se retire des écrans, probablement lasse de tous ces tournages et aussi pour prendre du recul après le décès de son mari Gabriele Tinti.
Joe D’Amato s’éteint le 23 janvier 1999 d’une crise cardiaque, une mort qui prend tout le monde par surprise. Il avait dirigé plus d’une centaine de films sous divers pseudonymes, dont presque une vingtaine avec Laura. Un documentaire sur le metteur en scène est produit la même année JOE D’AMATO TOTALLY UNCUT, où on peut admirer des scènes des films tournés avec Laura (qui figure sur la pochette vidéo de façon très évidente). Un document fort recommandé. Peut-être que c’était trop ambitieux de créer une page biographique sur Laura Gemser, en considérant que les données sont plutôt rares. De plus, je me suis tapé toute une session de Photoshop à retoucher les photos illustrant cette page-ci, pour éliminer toutes parties "offensantes" sur ce site familial de première qualité. Croyez-moi, je suis tombé sur un ou deux sites nous présentant Laura sur toutes ses coutures… et cela, sans qu’elle ne porte aucun vêtement! Je me suis amusé tout de même à me remémorer une certaine époque où le "softcore" européen était d’une grande popularité (et d’une certaine créativité, pourquoi le cacher?). Laura en Grande Prêtresse de l’Érotisme Cinématographique? Je ne vois pas d’autre titre que l’on pourrait lui décerner.
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