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DARIA NICOLODI
Contrairement à nos autres Scream Queens invitées, elle n’est pas à première vue un pétard de beauté fatale classique. Même qu’elle fait plutôt maigrichon. Sa filmographie n’est pas si abondante, même si elle contient quelques titres horrifiques. Hmmmm... qu’est-ce qui fait que Daria Nicolodi est incluse ici, candidate parfaite pour un mois de novembre? Est-ce seulement parce qu’elle a été la partenaire de Dario Argento, maître italien du cinéma à suspense, pendant plusieurs années? Ou parce que je ne me suis jamais encore remis de voir ses petites dents cruelles dans DEEP RED? Qu’on le veuille ou non, elle demeure un pivot féminin important dans la mythologie fantastique italienne du cinéma. Voyons voir pourquoi.
Elle est née à Florence, en Italie, le 19 mai 1950, fille d’un avocat et d’une philologue. C’est toute petite fille qu’une passion pour les sciences occultes se développe en elle, passion qu’elle attribue à sa grand-mère, qui aurait pratiqué la Magie Blanche et aurait eu un pouvoir de prémonition très efficace. Cette influence sera particulièrement bénéfique pour Daria plus tard dans sa carrière, dans l’élaboration de scénarios extravagants.

Elle fugue du foyer familial pour s’enrôler à l’Académie Nationale des Arts Dramatiques à Rome en 1967. Son début au théâtre ne tardera pas. En 1969, elle voit le film THE BIRD WITH THE CRISTAL PLUMAGE de Dario Argento et décide de rencontrer le metteur en scène à tout prix, dont s’était la première réalisation. Sa détermination se verra récompensée et les deux se rencontreront, s’apercevant qu’ils se ressemblent de façon étonnante sur plusieurs facettes. Une romance débutera, ainsi qu’une association professionnelle qui produira des oeuvres étonnantes.
Voyons voir... Dario et Daria. Un peu comme Sylvain et Sylvie, n’est-ce pas, ou encore Bob et Bobette? Contrairement à ce que plusieurs pensent, les deux ne se sont jamais mariés, mais ont produit l’actrice Asia Argento (grazia!) de leur union. Daria tourne dans LA PROPRIETA NON E PIU UN FURTO en 1973, de Elio Petri, avec Ugo Tognazzi et Julien Guiomard. Le film sera en nomination à Berlin pour un Ours d’Or.
En 1975, Dario dirige Daria dans DEEP RED, la mettant en vedette avec David Hemmings. Elle tient le rôle de Gianna Brezzi, journaliste curieuse qui met du piquant dans un film ne manquant pas de scènes classiques de brutalité. Pour avoir le plein impact du personnage (et de toute l’histoire, en fait), arrangez-vous pour dénicher la version originale complète du film et non pas une des nombreuses cassettes charcutées sur le marché et souvent incompréhensible. Amateur de musique rock, Argento trouve excellente l’idée de Daria d’engager un jeune groupe de musique progressive, Goblin, pour travailler sur la trame sonore (Pink Floyd ou Deep Purple n’&ecute;tant pas disponibles). Après avoir travaillé principalement avec Ennio Morricone pour ses premiers films, Argento est ravi du résultat: le monde du cinéma italien ne serait plus jamais le même.
Mario Bava, le Grand Maître lui-même, fait appel à Daria pour SHOCK, également connu sous le titre BEYOND THE DOOR 2. L’histoire en est une de vengeance, celle d’un homme assassiné par sa femme et l’amant de cette dernière. L’esprit prendra possession du corps de son propre fils.
Pendant ce temps, Daria commence à écrire une histoire mélangeant des récits de sa grand-mère avec le style de Thomas de Quincey, un auteur du 19e siècle qui est associé au mouvement romantique en littérature et en poésie. Pour être plus précis, Daria retiendra un partie du livre de de Quincey, Confessions of an Opium Eater, "Suspiria de Profundis" qui traite des Trois Mères, sorcières maléfiques. Se remémorant une histoire de sa mémé qui lui avait avoué avoir suivi des cours de piano dans une académie supposée remplie de pratiquantes de magie noire, Daria réussit à créer la base du scénario du film SUSPIRIA. L’académie de musique devint une académie de danse. Daria et Dario voyagent également partout en Europe pour être inspirés.
Initialement, elle devait tenir le rôle du personnage principal, Susy Bannon, mais le distributeur américain insista pour dénicher une actrice qui serait plus familière au marché des États-Unis (le choix fut Jessica Harper, venant de triompher dans PHANTOM OF THE PARADISE). Finalement, Daria refusa même un rôle de soutien. Toujours avec sensiblement les mêmes inspirations, elle créa le scénario de INFERNO, suite plus ou moins directe de SUSPIRIA, avec encore de nombreuses touches d’occulte et de références alchimiques. Cette fois elle tient un petit rôle, celui de Elise Stallone Van Adler. Son nom ne figure pas au générique pour l’écriture, se sentant trop lasse après s’être débattue pour être créditée pour SUSPIRIA. Le troisième épisode de la trilogie, encore conçu par Daria, n’a pas encore été commis sur bobine à ce jour (et c’est dommage!).
En 1982, Daria tient le rôle d’Anne dans TENEBRAE de Dario, principalement inspiré d’un fou qui tentait de terroriser le metteur en scène par des coups de téléphones, des menaces, etc. Les cris hystériques à la toute fin demeurent extrêmement mémorables, gracieuseté de Daria. Et qui pourrait oublier Madame Bruckner dans PHENOMENA, toujours de Dario? Mieux ne vaut pas trop en dire pour ceux qui n’ont pas encore vu ce film qu’on ne peut qualifier que d’excentrique (qui aurait pu imaginé un chimpanzé se promenant avec un rasoir?). Bien entendu, Daria peut être aperçue dans le documentaire sur Argento, DARIO ARGENTO’S WORLD OF HORRORS en 1985. La même année, elle se retrouve même dans MACARONI avec Marcello Mastroianni et Jack Lemmon.

En 1987, TERROR AT THE OPERA est son dernier tournage avec Dario. L’année suivante, elle est dans le très inégal PAGANINI HORROR et en 1989, est narratrice de SINBAD OF THE SEVEN SEAS avec Lou Ferrigno. Ses apparitions seront par la suite très rares: notons une avec sa fille Asia dans VIOLA KISSES EVERYBODY. Son dernier rôle à date semble être en 1998 dans MOTS D’AMOUR, qui contient une brève apparition de Gérard Depardieu.
Les éditions Yellow Press sont sur le point d’éditer un livret sur Daria, intitulé DARIA NICOLODI: DEEP RED DIVA. J’imagine que ceci va demeurer introuvable sur notre continent. Être fan de Daria pour un nord-américain consiste principalement à écouter les films de Dario Argento nous honorant de sa présence. C’est déjà beaucoup et je me demande si un jour l’opportunité se présentera pour elle de mettre sur images tous les scénarios qui se chahutent dans sa tête. Elle demeure une présence énigmatique, qui m’a toujours fasciné pour son unique esprit créateur et potentiel inné pas encore assez partagé. Un autre style de Scream Queens, et un style bienvenu.

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