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ELKE SOMMER
Il est temps
de rendre justice aux blondes! À date, ce dossier semble avoir une lacune : pas
assez de tresses blondes. Alors voici... Paula Schultz! Huh? Vous ne vous
souvenez pas d'elle? LES RÊVES ÉROTIQUES DE PAULA SCHULTZ
est une comédie de guerre qui jouait plusieurs fois par années à TVA dans les années
'70 et c'est là que plusieurs d'entre nous avons fait connaissance avec la sympathique
Elke Sommer. Un bien drôle de titre pour un film particulièrement innocent,
quasi-dérivé de la comédie populaire de la télévision américaine Hogan's Heroes.
Nos souvenirs nous rappellent encore la vue d'Elke, en sous-vêtements noirs, prête à
sauter à la perche le mur de Berlin. Vu qu'Elke a participé à une poignée de films
d'horreur de Mario Bava et plusieurs séries B, son inclusion ici devient primordiale. Oh,
et elle est toujours considérée comme un des plus grands sex-symbols des
années '60, en passant.
Notre personnage principal est née à Berlin le 5 novembre
1940, sous le nom Elke Schletz. En considérant ses antécédents familiaux, on peut
constater qu'elle est baronnesse, mais n'a jamais choisi d'exposer ce titre. Après la
Deuxième Guerre Mondiale, sa famille maintenant appauvrie se retrouvera dans la section
ouest de la ville et son père quittera pour un monde meilleur alors qu'elle n'a que 14
ans. Les études de la jeune Elke semblent prendre un tournant vers une spécialisation
linguistique, alors qu'elle étudie le latin et le grec pendant de longues années à la
prestigieuse Gymnasium School. Une facilité avec différents langages résultera en la
maîtrise de sept d'entre eux avec le temps. Elle travaillera et étudiera en Angleterre,
avec un salaire équivalent à quatre dollars par semaine, perfectionnant son anglais.
Lors d'une vacance en Italie avec sa mère, elle se voit offrir un
rôle dans un film de Vittorio de Sica, rien de moins. Et dans quel rôle? Celui d'une
touriste allemande! Quel timing! Avant même d'avoir 20 ans, Elke tourne rapidement dans
presqu'une dizaine de films, autant en Italie qu'en Allemagne (en profitant également
pour apprendre l'italien). Ces productions on ne peut plus légères nous présente la
ravissante actrice débutante en lingerie ou encore complètement nue, l'Europe profitant
encore avantageusement de l'ouragan Brigitte Bardot. Plusieurs jeunes starlettes du grand
écran paradaient souvent dans le plus simple appareil, habituellement de dos ou de
côté; quelques fois, on pouvait apercevoir un bout de sein. Rien de ceci du côté
américain, considérant que les couples du cinéma chez eux dormaient encore dans des
lits séparés... Elke tourne même à cette époque avec Max Pecas, un pionnier du soft-core
européen, dans DE QUOI TU TE MÊLES, DANIELA?, présentant
à tous ses mensurations divines de 36-23-37. Il ne fallait que peut de temps avant
qu'elle soit invitée à travailler en Angleterre.
Donc, son début en langue anglaise s'intitule DON'T BOTHER TO KNOCK, et on peut voir son nom écrit en grosses
lettres sur le poster officiel. Le film sortira trois ans plus tard (1964) aux
États-Unis, sous le titre WHY BOTHER TO KNOCK? Quel
changement de mots génial pour cette comédie de murs remplies de quiproquos
romantiques. D'autres tournages sont encores prévus pour l'Allemagne, pour d'autres
frivolités remplies de bonne humeur. 1963 restera une année importante, alors qu'Elke
participe à sa première production américaine, THE VICTORS
(même si ce film de guerre est tourné en Grande-Bretagne), puis débarque à Hollywood
pour être dans THE PRIZE avec Paul Newman.
Ne restait qu'à trouver un film pour la consécration
internationale. Par chance, il allait suivre. Son titre? A SHOT
IN THE DARK, deuxième film hilarant de la célèbre série Pink Panther,
avec Peter Sellers en immortel Inspecteur Clouzot. D'ailleurs, Sellers la demande
en mariage, alors qu'Elke venait juste d'unir sa vie avec l'écrivain Joe Hyams. Elke
allait battre Ursula Andress et Tippi Hendren aux Golden
Globes de 1964 pour le titre de Découverte féminine de l'année.
Hollywood réussira quand même à la convaincre d'insérer un petit morceau de porcelaine
entre ses dents du devant jugée trop séparées... Perfection à tout prix! À travers
tout cela, Elke n'en revient tout simplement pas qu'on peut la considèrer comme une sex-symbol.
Les années qui suivent seront sa période de travail se concentrant principalement aux
États-Unis.
Quelques titres : THE ART OF LOVE,
THE MONEY TRAP (travaillant avec un Rita Hayworth souffrant
d'Alzheimer), THE OSCAR (un chef-d'uvre de ridicule à
voir absolument), BOY, DID I GET A WRONG NUMBER (avec Bob
Hope), DEADLIER THAN THE MALE, (un de ses meilleurs films, un
thriller d'espionnage ressuscitant le personnage anglais de Bulldog Drummond) et THE VENETIAN AFFAIR avec Boris Karloff dans le rôle du docteur
Pierre Vaugiroud. Huh? Karloff jouant un Français? On aura tout vu!
Contrairement à plusieurs actrices dans ce dossier, Elke n'aura
jamais le privilège de partager l'écran avec Elvis, mais au moins elle peut se vanter de
jouer avec mon ivrogne débonnaire favori, le grand Dean Martin, dans un film de Matt
Helm intitulé THE WRECKING CREW. En 1971, Elke se
retrouve dans ZEPPELIN (et effectivement dans un zeppelin),
aux côtés de Michael York, un autre de ses bons rôles. Elle tournera par la suite pour
la première fois avec Mario Bava, pour son BARON BLOOD. Bava
sera ravi de pouvoir converser aisément avec sa vedette en italien. Elle le considérera
comme un de ses réalisateurs favoris. Ils seront réunis pour LA
MAISON DE L'EXORCISME (qui est également connu sous plusieurs autres titres,
sous-entendant plusieurs versions différentes), avec Telly Savalas. Dans certaines
scènes, Elke a le grand plaisir d'être possédée par le démon et ainsi doit dégueuler
des insectes, dire des obscénités, etc.
En 1970, Elke apparaît dans Playboy, dans un picturial
de sept pages, les photos ayant été croquées par son époux, des images considérées
toujours comme des classiques. Après avoir tourné dans une adaptation du célèbre Dix
petits nègres d'Agatha Christie en 1974 (avec Charles Aznavour!), la carrière
d'Elke commencera à battre de l'aile. On ne la reverra plus dans aucune production
majeure d'Hollywood, alors qu'elle se retrouve dans de la pure Série B et retournera
en Europe pour des films pas vraiment connus en Amérique du Nord (cela encore plus vrai
à partir des années '80). Avec le temps, elle s'intéressera alors au théâtre, pour
éventuellement devenir metteur en scène. Malheureusement, pendant une performance à
Chicago, elle perdra des jumeaux, alors qu'elle était enceinte de six mois.
Une autre passion fera surface peu après, celle de la peinture,
sa principale inspiration artistique jusqu'à ce jour. Elke tiendra même sa première
exposition en 1978. Ses apparitions au cinéma se feront encore plus sporadiques, mais
elle aura le temps de participer à un film d'horreurproduit par le magazine Fangoria,
SEVERED TIES, en 1992. C'est curieux qu'encore de nos jours,
Elke Sommer est trop souvent considérée comme une actrice de talent mineur, au point
qu'on doute même de son quotien intellectuel à cause de ses nombreux rôles de blondes
écervelées. Sous la surface, une femme cultivée et intelligente (sept langues parlées,
vous vous souvenez?) existe, semblant en paix avec la vie et conservant encore cette
frimousse de gamine 60 ans plus tard. Trop souvent sous-estimée, mon objectif était de
rendre hommage ici à Paula Schultz, pour prouver à quel point un film si idiot
peut demeurer important dans une existence.

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