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VAMPIRA
Pour
continuer dans la tradition de notre mois favori, celui d'Halloween, voici Vampira qui
succède à Elvira, notre Queen d'octobre 1999. Ah, mais ces dames ont beaucoup
en commun et je ne parle pas seulement des poursuites les impliquant les deux ensemble...
Elles sont probablement les hôtesses d'horreur les plus célèbres de la télévision
américaines et personne n'est près à les oublier. Voilà donc la petite histoire de
notre nouvelle Scream Queen, Vampira:
Maila Syrjanieme
Nurmi est née le 11 décembre 1921 en Finlande, à Petsamo, pour être précis. Son oncle
était un champion olympique de course, Paavo Nurmi. Sa famille déménage aux États-Unis
alors qu'elle n'a que deux ans. La jeune Maila rêve de gloire et d'Hollywood et c'est
donc au tendre âge de 17 ans qu'elle se déplace vers Los Angeles pour y faire
fortune. Évidemment, ce n'est pas facile de percer alors Maila doit exercer le métier de
danseuse exotique ou encore de modèle pour des photos de charme pour survivre.
Elle sera présente
sur la scène théâtrale de New York et se fera embaucher par le producteur Mike Todd
dans une revue nocturne nommée Spook Scandals, tenant le rôle d'un vampire. Une
seule représentation en sera offerte au public, mais pas grave, Howard Hawks se montre
intéressé à Maila (Hawks s'est montré intéressé à presque toutes les femmes qu'il a
rencontré dans sa carrière, en fait!). Il se met en tête de faire de la beauté
finlandaise la nouvelle Lauren Bacall et tout le monde retourne en Californie. Hawks lui
promet le premier rôle dans un film écrit pas William Faulkner, rien de moins. Le projet
n'aboutira à rien et Maila se retrouvera encore une fois danseuse.
Quelque part en 1954, Maila se déguise en Morticia
Addams (personnage de «cartoon» du magazine New Yorker qui sera également
célèbre sur petit et grand écrans) pour un bal masqué. Sans le savoir, Vampira était
née. Son apparence singulière plaît à Hunt Stromberg Jr., directeur de la
programmation à KABC Channel 7 (filliale d'ABC) qui cherche quelqu'un pour épicer les
émissions de fin de soirée. En peu de temps, Maila devient officiellement Vampira pour
animer une émission qui diffuse des films d'horreur chaque samedi soir à 23h00.
Il va sans dire
que sa présence particulière, son humour ponctué de nombreux sous-entendus et son
attitude faussement blasée deviennent rapidemment un grand succès populaire.
Accompagnée d'une musique d'orgue appropriée, Vampira émergeait du brouillard en début
de chaque émission, intonant: «Je suis... Vampira. J'espère que vous avez connu une
épouvantable semaine.» Aux pauses commerciales, elle allait prendre l'habitude de
réciter de curieux poèmes ou de donner des recettes de cocktails digne de la sorcière
la plus endurcie.
Il est évident que
son apparence a contribué à cette rapide célébrité, alors que Vampira affichait les
stupéfiantes mensurations suivantes: 38-17-36! Euh? 17! Les photos ne peuvent mentir...
Et comment oublier ces ongles de trois pouces de long? Ça ne sera pas tarder avant que
des publications comme Time ou Newsweek lui accordent de l'espace dans
leurs pages. Marlon Brando, Mae West et même James Dean seront des fans, ce dernier
devenant même ami intime avec Maila.
Curieusement, tout cet engouement ne sera
que de courte durée. La mort de Dean affectera sérieusement Maila et surtout le fait que
le réseau ABC lui mettra des bâtons dans les roues alors qu'elle tente de diversifier sa
carrière, l'empêchant d'obtenir d'autres offres alors qu'ils tentent d'acquérir les
droits sur le personnage de Vampira. Par conséquent, l'émission sera annulée. Maila se
fera attaquer dans un salon de beauté par une folle furieuse et se fera brûler le
crâne, qu'elle devra se raser par la suite. D'autres brûlures seront le résultat
infortuné d'un incendie chez elle, alors qu'elle tentait de sauver son chat.
Vampira renaît de
ses cendres grâce au concours d'Ed Wood, sur le point de réaliser son «classique» PLAN
9 FROM OUTER SPACE. Maila est embauchée pour une journée de travail, avec un salaire de
200 $, dans le rôle d'une menaçante goule ressuscitée par un bande d'extra-terrestres.
Son partenaire est l'immortel Tor Johnson («Tor
wants chicken!»), dont je ne pourrai jamais
assez chanter les louanges. Après avoir lu le script, elle insiste pour n'avoir aucune
ligne de dialogue, tant qu'elle trouve l'histoire affreuse. Elle sera au générique d'une
poignée d'autres films de série B, mais aucun ne pourra atteindre le statut culte
du chef-d'oeuvre de Wood.
Maila se recyclera en ouvrant une boutique
d'antiquité et inaugurant une ligne de vêtements et de bijoux. La nouvelle popularité
des bobines d'Ed Wood à la fin des années soixante-dix aura comme conséquence de la
faire redécouvrir à une nouvelle génération d'invidus. Des groupes musicaux tels les
Damned ou encore les Misfits l'immortaliseront dans des pièces musclées. En Vampira,
Maila deviendra même chanteuse d'un groupe punk. En 1981, il semble qu'un poste de télé
la contacte pour remettre Vampira sur les petits écrans. Selon elle, bien des discussions
ont eu lieu sur une période de quelques mois et elle jure que ses idées ont été
volées pour la création du personnage d'Elvira. Elle poursuit pour 10 millions $.
Il existerait encore quelques archives
visuelles de l'époque dans les voûtes de KABC, mais il est extrêmement difficile de
visionner Vampira dans son élément qui l'a rendue si célèbre. Un documentaire
finlandais existe sur elle, intitulé DEATH, SEX AND TAXES, réalisé en 1995. En 1998,
Maila tourne dans I WOKE UP EARLY THE DAY I DIED, basé sur un scénario d'Ed Wood et
mettant en vedette Billy Zane. À l'occasion, elle peut être aperçue sur le circuit des
conventions. Il demeure intéressant de se demander quel impact Vampira aurait eu sur la
culture populaire en vertu d'une carrière encore plus fructueuse. Incontournable
personnage-culte, qui sait l'ampleur de l'importance dont elle aurait pu bénéficier du
moment que son destin lui aurait réellement appartenu?
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