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Santo


BIOGRAPHIE

Il y a certaines contradictions sur la date de naissance de Santo: la majorité la fixe comme étant le 23 septembre 1917, mais une autre source proclame qu'il est né le 13 septembre 1915. Qui sait vraiment la vérité? Ce qui est certain est qu'il a vu le jour à Tulancingo Hidalgo, au Mexique, sous le nom de Rodolfo Guzman Huerta.

Les détails sur la jeunesse de Santo sont pratiquement inexistants. On sait qu'il a été influencé par le roman d'Alexandre Dumas, L'homme au masque de fer, surtout dû au fait que comme le personnage du titre, le peuple mexicain se sentait oppressé. Il s'entraîne au gymnase de la police de Mexico à son arrivée à la capitale en 1932. C'est au moment qu'il débute sa carrière de lutteur professionnel qu'on peut commencer à relater quelques événements plus précis de sa vie. À ses débuts en tant que pro, il se nommait Rudy Guzman (son vrai nom). Déçu du manque d'impact que sa présence inspirait, le jeune homme prit la brillante décision de se masquer la figure. Il a tenu l'identité de quelques personnages: Constantino, Hombre Rojo et El Murcielago Enmascarodo 2 (qui veut dire La Chauve-Souris Masquée 2). El Murcielago Numéro Uno prit offense à ce qu'un jeune usurpe son identité et Rudy se vit contraint d'abandonner cette idée. Un promoteur suggéra le nom El Santo (qui veut dire "Le Saint"). Déclic: Rudy créa un costume de couleur argentée et un masque qui ne manquait pas de rappeler celui de fer du héro de Dumas. El Santo Enmascarado de Plata venait de prendre vie.

Mais avant tout, précisons que la lutte a toujours été et est encore très populaire au Mexique, particulièrement les lutteurs masqués. Les masques ont toujours été présents dans la culture populaire mexicaine, pendant la fiesta. Leur origine provient des dieux Incas pré-hispaniques. Donc, plusieurs représentations d'animaux, de démons et de la mort elle-même. Après la Révolution mexicaine, des milliers de villageois démunis se ruèrent vers Mexico dans l'espoir de faire meilleure fortune. Comme divertissements, on leur proposait d'immenses stades sportifs et salles de cinéma.

En 1933, Salvador Lutteroth, colonel retraité de la révolution, importa la lutte professionnelle des États-Unis au Mexique. Le terme lucha libre (ou lutte libre) devint populaire au pays. Des athlètes américains se battaient alors devant une foule ébahie. Un de ses colosses (avec le nom très original de The Masked Man) portait un masque et ce fut le début d'une longue tradition: les mexicains adorairent l'idée. La popularité mondiale du personnage de bande dessinée The Phantom n'est pas à dédaigner dans tout cet engouement: voilà un des premiers héros masqués qui portait presque constamment son costume.

Encore aujourd'hui, la lutte est le second sport préféré au Mexique, après le soccer. Contrairement aux roman-savons de la lutte actuelle américaine, les clans de bons et de méchants sont clairement définis: les tecnicos contre les rudos. Les matches les plus populaires sont ceux Masque-versus-Masque, où le vainqueur arrache le masque de vaincu, pour exposer son identité à la foule et le soumettre au ridicule et à l'humiliation. Également, la lutte mexicaine est un vrai cyclone de mouvements, d'acrobaties et de vols planés, souvent en combat par équipes où une multitudes d'athlètes virevoltent les uns contre les autres. Un spectacle inoubliable et très coloré, fortement recommandé.

Donc, Santo monte sur l'arène au début des années 40 (et peut-être même avant), suivant ainsi les traces de ses frères, Black Guzman, Jimmy Guzman et Javier Guzman. Il abandonne le rôle de méchant (heel en terme de lutte), devenant un bon (un face ou babyface) pour demeurer fidèle à son nom. Autant sur le ring qu'à l'extérieur, il créa une image qui allait le suivre tout au long de sa carrière: celle d'un héros humble, juste, généreux et poli. Et ami des enfants. Surtout, ce qui allait passer à la légende: jamais il n'allait enlever son masque en public. Il se promenait, mangeait, prenait un avion personnel pour voyager (et surtout pour éviter la foule quand il traversait une frontière et devait s'identifier) toujours avec ce fameux masque. L'auteur de ces lignes a déjà vu un reportage photographique sur un tel lutteur moderne où toute sa famille portait un masque 24 heures par jour! Une photo en particulier reste collée à ma mémoire: le père lutteur, la maman et les cinq enfants autour d'une table, mangeant des céréales au petit déjeuner, tous masqués!

Santo remporte sa première ceinture le 21 février 1943 contre un certain Ciclon Veloz. Ceci est le premier de plusieurs règnes de championnat à travers toute sa carrière sportive (j'ai noté qu'il a remporté une autre ceinture en 1966; donc, Santo a été constant dans ses performances). Évidemment, il y a tellement de ceintures dans le monde de la lutte professionnelle qu'à un moment donné, cela ne veut plus dire grand-chose, mais quand même, les preuves sont là, dans les livres d'archives.

En 1952, Santo refuse de tourner dans un film le mettant en vedette, estimant qu'il y aurait peu de chance de succès. Le tournage a lieu quand même, avec un autre lutteur dans le rôle. Ironiquement, en 1958, il signe un contrat pour tourner deux films à Cuba. Avant l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, plusieurs co-productions cubaines-mexicaines voyaient le jour dans l'industrie.

En 1961, Santo tourne SANTO CONTRA LOS ZOMBIES pour 15 000 pesos, le début véritable de sa carrière cinématographique et de son personnage de justicier. Le succès monstre de cette production allait inspirer un élan de films de lutteurs/lutteuses à travers tout le pays, avec Santo père spirituel et héros infatigable de toute l'entreprise. La partie Filmographie de ce dossier donne des détails pour chaque titre. En peu de temps, une bande-dessinée est créée le mettant en vedette dans diverses aventures. Sur le grand écran, Santo est perçu comme un super-héros, scientifique réputé, inventeur de gadgets, agent de contre-espionnage et j'en passe. Mais avant tout, lutteur. Combien de fois dans la série il accepte une mission, mais est prêt à commencer à y travailler juste après son match du soir! Il partagera la vedette à quelques reprises dans la série avec Blue Demon et El Mil Mascaras, deux autres lutteurs/acteurs populaires (les trois sont réunis de façon mémorable dans LAS MOMIAS DE GUANAJUATO, mon film favori de Santo). Quelques fois, Santo n'est pas insensible aux charmes féminins et c'est comme un vrai gentleman qu'il se comporte, les embrassant chastement (tout en conservant son masque, qu'est-ce que vous croyez?).

Un film turc (avec la Turquie hors des lois de droits d'auteur) met en vedette un Santo, un Spider-Man et un Captain America impliqués dans une aventure! Réalisé en 1973, cette production contient des scènes curieusement sadiques.

À travers tous ces incessants tournages, Santo continue à lutter, souvent filmant des matches pour les glisser dans un film. Les détails de sa vie personnelle sont pratiquement inexistants, dans l'effort de préserver sa légende de héros. Il a joui d'un mariage long de quarante ans avec la même femme, qui lui a donné 10 enfants. Devenu veuf, Santo s'est remarié et a engendré un autre bambin. Un de ses fils a prit le flambeau: El Hijo del Santo est également un héros du ring et du cinéma très actif de nos jours.

Le 12 septembre 1982, Santo livre son dernier match et se retire définitivement de la compétition. Il tourne également son dernier film. Il devient alors en 1984 vedette de la télévision, participant à une série d'émission sur la lutte (quoi d'autre?) en compagnie de vieux camarades comme Blue Demon. À la sixième et dernière émission le 26 janvier 1984, Santo retire son masque en direct, sans avertissement, exposant ses larges traits fatigués à tous, après 40 ans de cachotterie volontaire!

Le 5 février 1984, Santo participe à un sketch d'une revue théâtrale locale. Après la deuxième représentation, il se plaint de douleurs à la poitrine. Il mourra dans la soirée à l'hôpital, victime d'une crise cardiaque. Ses funérailles demeurent une vision unique: une multitude de fans en pleurs, des camarades lutteurs (masqués et costumés!) portant le cercueil. La meute suit Santo jusqu'à son dernier repos, le Sullivan Funeral Home. Est-ce nécessaire de préciser que Santo reposait avec son masque sur la tête dans son cercueil? Une des plus grandes figures de la lutte professionnelle et du sport en général venait d'être remis à son créateur éternel.


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