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DRACULA
1931; réalisé par Todd Browning; 75 minutes
Avec Bela Lugosi (Dracula); David Manners (Jonathan Harker); Helen Chandler (Mina Stewart); Edward Van Sloan (Professor Abraham Van Helsing); Dwight Frye (Renfield); Herbert Bunston (Dr. Jack Seward); Frances Dade (Lucy Weston)
Mais c'est quoi son problème à Dracula? Il s'ennuie tant que ça dans son château des Carpathes, même entouré de trois silencieuses épouses? Et qu'est-ce qui n'a pas été dit sur ce film depuis 70 ans et plus? Évidemment, aujourd'hui cette œuvre est plus considérée pour son importance historique que pour sa mise en scène captivante. En mettant de côté les 20 premières minutes, sinistres à souhait, le reste à des tendances de pièce de théâtre médiocre (ce qui n'est pas surprenant, vu que c'est plus basé sur la pièce originale qui a fait connaître Bela Lugosi au public que sur le roman de Bram Stoker), filmé de manière peu imaginative et jouée de façon on ne peut plus "stiff", surtout par le duo infernal David Manners - Helen Chandler, les jeunes premiers. Qui sait si sans la présence de Bela Lugosi, ce film ne serait pas complètement oublié? L'intérêt principal demeure toujours son interprétation et son allure, qui sont devenues des images incontournables de la culture populaire. La cape, le collet monté, les cheveux en pointu sur le front... le look classique du vampire élégant et pervers.
Voici donc le premier film de la fameuse série vidéo Universal Monsters, qui donne la possibilité d'observer Lugosi dans le rôle de sa vie, il va sans dire. Malgré tout ce qui a été écrit sur lui, on ne peut nier sa présence sinistre et son habilité à dégager la méchanceté. Regardez-lui le faciès (ce qui n'est pas difficile, avec tous les gros plans le mettant en évidence) et vous constaterez qu'une tradition dans sa carrière cinématographique allait débuter: le sempiternel "close-up" sur ses yeux perçants, effet se voulant menaçant mais qui aujourd'hui provoque une douce nostalgie (ouais, dans le temps où les films d'horreur n'avaient pas besoin d'une tonne d'effets spéciaux à l'infini pour capter l'attention, ouais ouais nostalgie). Ici, on lui illumine les yeux style raton-laveur en négatif. Donc, les 20 premières minutes sont réellement classiques, réussissant à nous plonger dans un climat d'inquiétude et d'horreur. Comme le personnage de Renfield, nous sommes en territoire inconnu, où les règles sont aussi surprenantes qu'incroyables. Ce comte Dracula est trop poli à notre goût, il a l'air crampé par en-dedans, sachant d'avance comment la partie va se jouer.
Par contre, certaines scènes suivantes de ce film sont tellement lentes et le dialogue joué d'une manière tout aussi lourde, que c'en est presque épuisant. Les comédiens sont filmés plantés l'un à côté des autres, presque immobiles, raides comme des planches à repasser. Notons Dwight Frye dans le rôle de Renfield, crackpot par excellence, dont le rire de capoté et les yeux d'halluciné ne peuvent que nous donner des frissons dans le dos, qui réussit à exécuter un travail remarquable. "Rats! A river of rats!"
Curieusement, DRACULA est sorti le 14 février 1931 et sa trame sonore initiale (et très minime) inclue LE LAC DES CYGNES de Tchaïkovsky, qui allait être réutilisé dans quelques autres films d'horreur subséquent d'Universal! Tu parles d'un choix! Mais c'est très impressionnant comme effet. Justement, l'absence de musique rend les choses plus sinistres pour certaines scènes, surtout quand on aperçoit les trois femmes vampires avancer presque au ralenti. Le silence nous les rend encore plus mystérieuses. Tout un beau moineau lui-même, Todd Browning signait le film le plus populaire de sa bizarre de carrière et le moins ambitieux artistiquement. Reconnu pour ses collaborations macabres avec Lon Chaney, Browning allait poursuivre avec FREAKS, qui aura pour effet de le barrer un peu partout et qui mériterait un article complet à lui tout seul. Edward Van Sloan allait reprendre son rôle de Van Helsing dans la suite directe de DRACULA, DRACULA'S DAUGHTER. Le personnage de Dracula lui-même reviendra physiquement dans SON OF DRACULA, sous les lourds traits de Lon Chaney Jr.
Meilleure scène du film: quoi d'autre? Les multiples gros plans de Bela, avec ou sans son chapeau haut-de-forme, le visage dans l'ombre et les yeux éclairés, raide comme pas possible. Malgré une carrière on ne peut plus chaotique, il faut admettre qu'à ses bons moments, il pouvait nous convaincre de ses plus mauvaises intentions.
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