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FRANKENSTEIN
1931; réalisé par James Whale; 71 minutes
Avec Boris Karloff (le monstre); Colin Clive (Dr. Henry Frankenstein); Mae Clarke (Elizabeth); Edward Van Sloan (Dr. Waldman); Dwight Frye (Fritz); John Boles (Victor Moritz); Frederick Kerr (Baron Frankenstein)
Un savant ambitieux fabrique une créature à l'aide de morceaux de cadavres à qui il redonnera la vie. Simple comme scénario, non? Dans mon petit livre à moi, le voilà le grand-papa des films d'épouvante qui, contrairement à son compagnon DRACULA de la même année, a vieilli dans le bon sens. Cette étonnante production est a des années-lumières du roman de 1818 de Mary Shelley et vous ne m'entendrez pas me plaindre. Le pathétique et le côté tragique de ce film a été rarement égalé. Seigneur, un film d'horreur poignant! Et sans musique!
Parce qu'autant que le monstre est maladroit, franchement, joué par Boris Karloff on ne peut que se ranger de son côté et se lamenter devant les injustices de la vie. Ces maudits villageois, on voudrait bien leur rentrer leurs pics et torches à un endroit précis. Le monstre de Frankenstein du cinéma présageait l'Incroyable Hulk d'une trentaine d'années, la brute incomprise avec un petit toupet sur le front et au dialogue minime. Dans le rôle du mec rapiécé et mélangé avec la tête en forme de boîte de Kleenex et le veston de "doorman" trop grand, Karloff est bien entendu inoubliable. Ceci est une des plus hallucinantes performance d'acteur à voir, quel que soit le style de film. Grotesque, le monstre est tel un enfant/adolescent en bute avec des parents cruels et non compréhensibles. Qui ne se reconnaît pas là-dedans? Et on dirait qu'il mesure 10 pieds de haut!
Je n'oublierai jamais le Maître de Cérémonies qui nous introduit le film, "it may shock you, it may even horrify you". Avec une intonation typique des années 30, il nous avertit de la nature particulière de l'histoire qui va suivre. On s'attend presque à la voir finir avec un petit "tap-dancing". Avec sa couette sur le front et son teint pâlotte, Colin Clive est le parfait savant tourmenté. Mou et flexible, il prononce son "It's alive" légendaire avec son savoureux accent particulier. Oh oui, ce film est encore macabre, avec des images horribles de l'époque qui nous impressionnent encore: la profanation de cercueils dans le cimetière, la cruauté gratuite de Fritz, l'étonnant laboratoire, la rencontre avec la fillette (d'une tristesse, mes amis, surtout dans cette scène déjà censurée où elle rejoint les fleurs sur l'eau assez rapidement, merci), la première apparition du monstre à reculons... des morceaux d'anthologie, tous et chacun, qui ne s'effaceront pas de nos mémoires. Que dire des gros plans à la James Whale, sur ces comédiens avec des faciès particuliers? Et que dire également du Baron Frankenstein, qui vole presque la vedette, un vieux bonhomme amer avec une espèce de chapeau style fez sur la tête? "What is this nonsense?"
Scène du film: Je n'ai pas le choix, malgré tout ce que j'ai dit précédemment: c'est celle de Fritz qui remonte son bas avant de regrimper l'escalier, qui m'étonne. Était-ce prévu dans le scénario? FRANKENSTEIN est sorti le 21 novembre 1931 et a rapporté un astronomique 5 millions de $ au box-office. (Ce succès, ainsi que celui de DRACULA, a poussé Universal à produire d'autres films du genre.) Paraît que des dames s'évanouissaient régulièrement lors de projections. La suite, BRIDE OF FRANKENSTEIN, allait être supérieure, par son atmosphère unique et la qualité de son interprétation, ce qui n'est pas peu dire.
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