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Les fantômesSix ans avant l’introduction par Universal d’une série présentant des personnages d’horreur, il y en avait déjà un de connu : le Fantôme de l’Opéra, sûrement le rôle le plus célèbre de Lon Chaney senior. Cette production nous présentait la vision classique d’un personnage malveillant, avec cape noire, chapeau et masque aidant à dissimuler son identité, un stéréotype visuel qui sera populaire jusqu’à ce jour, notamment pour présenter des assassins mystérieux.

Le roman de Gaston Leroux, publié en 1910, a été adapté plusieurs fois au cinéma, avec des résultats inégaux. On sait que l'histoire est celle d'un génie musical hideux et incompris, se terrant dans les catacombes de l'Opéra de Paris, qui prendra tous les moyens pour donner un élan à la carrière de de la jeune cantatrice qui est devenue l'élue de son cœur. Tous les moyens veut ici dire : le chantage et le meurtre, entre autres. Ce roman demeure une lecture encore agréable de nos jours et contient des touches d'humour toujours amusantes. Jetons brièvement un œil sur ces productions destinées pour le cinéma et quelques variantes :

CINÉMA

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1925) États-Unis
Par Rupert Julian
Avec Lon Chaney, Mary Philbin, Norman Kerry, Arthur Edmund Carewe

Lon ChaneyCe sont les studios Universal qui autorisent le tournage du roman de Leroux. En 1923, le tout est terminé, mais le studio est inquiet, curieusement convaincu qu’un désastre au box-office se tient entre leurs mains. À sa sortie le 6 septembre 1925, le film est un grand succès, cimentant la réputation de Chaney comme l’Homme aux mille visages. Comme noté plus haut, tout cela présage la série d’horreur d’Universal au début du cinéma parlant, avec Dracula, Frankenstein, etc. Même qu’à un certain moment, Chaney lui-même était destiné à interpréter le personnage de Dracula.
Le Fantôme a certains traits familiers avec un autre rôle de Chaney, le Bossu de Notre-Dame, deux créatures hideuses (et amoureuses) qui se réfugient dans d’immenses et honorables monuments (l’Opéra de Paris, la cathédrale de Notre-Dame).
Le maquillage de Chaney en Fantôme est encore considéré comme le meilleur de tous les temps, une création qui date de 1923! Dans les adaptations suivantes, personne n’a tenté de le surpasser, encore moins de l’égaler. Malgré tout le mélodrame typique de l’époque, le film se laisse encore très bien regarder aujourd’hui, avec la scène où le Fantôme est démasqué un classique absolu du cinéma d’épouvante. Très rare pour les années ’20, certaines scènes ont été filmées en Technicolor, en particulier l’impressionnant bal masqué. La version la plus complète semble durer environ 92 minutes, alors que d’autres varient entre 79 ou 89 minutes.
En résumé, une production importante dans l’histoire des films d’horreur. Pour les gens qui détestent les films muets, une bonne suggestion d’introduction.

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1943) États-Unis
Par Arthur Lubin
Avec Claude Rains, Susanna Foster, Nelson Eddy

Claude RainsUniversal réédapte son classique muet, avec cette fois-ci plus d’emphase sur la musique et la romance. Le Fantôme (joué de façon plus émouvante que menaçante par Rains) est un esprit tourmenté, moins menaçant dans ses manières que celui de Chaney, penchant même vers un certain pathétisme. Alors qu’on s’émerveille de voir un film d’horreur profitant d’une si somptueuse production, on constate bien vite que ceci est plus un film musical qu’un d’épouvante pure. En ce sens, il est précurseur de l’adaptation musicale à venir d’Andrew Lloyd Weber. Également, Foster et Eddy étaient des chanteurs réputés (et leur talent est bien représenté ici). En ce sens, les numéros musicaux pourraient devenir cause d’un certain ennui chez plusieurs fans de sensations fortes, ainsi qu’un certain humour « tata »…
Cette version est sauvée par d’excellents interprètes et de riches couleurs (le teint de pêche de Miss Foster est encore admirablement conservé sur le DVD). Et quel beau masque! La sortie s’est tenue le 27 août 1943. A été récompensé par deux Oscars : Meilleur cinématographie couleur et Meilleure direction artistique-décoration intérieure (couleur). Était aussi en nomination pour Meilleur son et Meilleure musique.
Le succès de ce film allait inciter Universal a réutiliser les mêmes décors, la même actrice principale et pratiquement le même scénario de base pour THE CLIMAX avec Boris Karloff, l’année suivante, qu’on peut considérer comme une sous-variante assez ennuyeuse, malheureusement.

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1962) Angleterre
Par Terence Fisher
Avec Herbert Lom, Heather Sears, Thorley Walters

Herbert LomLes studios Hammer se mettent de la partie, après d’excellentes adaptations de films d’horreur d’Universal résultant en HORROR OF DRACULA, THE CURSE OF FRANKENSTEIN ou encore THE MUMMY. Voici donc le retour du Fantôme, un Fantôme fatigué et poussiéreux, joué par le futur ennemi de l’Inspecteur Clouseau, Herbert Lom (Inspecteur Dreyfus). Lom porte un masque très peu original et une moumoute blanche. On a même ajouté un nain à l’intrigue. Heather Sears est un peu trop fade et le tout manque de lustre (sans jeu de mots). Des scènes ont été supprimées pour la sortie nord-américaine, inexplicablement, mettant en scène un chasseur de rats. Malgré le talent de l’excellent Terence Fisher, cette version n’a jamais eu bonne réputation, même si je connais des gens qui en ont fait de cauchemars à sa diffusion télévisée originale!
Le film est sorti sur les écrans anglais le 25 juin 1962.

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1989) États-Unis
Par Dwight H. Little
Avec Robert Englund, Jill Schoelen, Alex Hyde-White

Robert EnglundÉcœuré de jouer Freddy Krueger et de subir les conséquences d’un maquillage tuant, Englund se retrouve en Fantôme, avec un maquillage encore pire! La plus violente version à ce moment est pratiquement détestée par tous; je suis une des rares personnes à l’avoir vue sur grande écran alors qu’elle a tenu l’affiche une seule semaine à Montréal, en novembre 1989 (une recette de moins de 4 millions aux USA!). Inexplicablement, je ne déteste pas cette production : OK, Gaston Leroux s’est sûrement retourné dans sa tombe face à l’intense violence graphique, mais il y a quand même un certain rythme et le scène où le Fantôme est en train de se coudre des morceaux de peau sur la face… pouah. Le problème est qu’Englund a pratiquement la même tête brûlée que Freddy, ce qui nous empêche de prendre son personnage au sérieux, le reléguant encore au rôle de croque-mitaine à la langue bien pendue.
Également navrant sont les prologue et épilogues se déroulant à l’époque moderne… huh? De plus, voici la première version qui ne présente aucune scène de chandelier tombant sur la foule. Curieusement, ce film a gagné le prix de Meilleure trame sonore aux Brit Awards! Excellente musique, d’ailleurs.
Jill Schoelen semblait devenir une Scream Queen potentielle, avec THE STEPFATHER, CUTTING CLASS (où elle tient la vedette avec Brad Pitt et aurait même sorti avec lui), CURSE II : THE BITE et POPCORN à ses crédits. Un genre Winona Ryder de série B, on se demande ce qui est advenu d’elle?

IL FANTASMA DELL’OPERA
(1998) Italie
Par Dario Argento
Avec Julian Sands, Asia Argento

Julian SandsUne adaptation fort attendue par un maître du genre, ce Fantôme italien est demeuré un désastre critique, pratiquement partout autour du monde. Rempli d’anachronismes et de choix peu judicieux, ce film a semé la consternation et a même provoqué des élans d’hilarité inattendus. Argento a choisi de faire de son Fantôme un jeune mec séduisant, pas du tout défiguré (donc, pas de masque), et élevé par des rats (!). Nous avons droit à quelques scènes de « gore » totalement inappropriées.
Argento ne semble pas embarrassé à filmer sa propre fille dans des scènes pseudo-érotiques, ni à montrer les astuces de chasseurs de rats. Sur ce dernier point, il a probablement été influencé par l’adaptation de 1962 des studios Hammer. Interminable, ce film se confond en moments gênants et/ou ridicules, comme où le Fantôme a une vision de sa bien-aimée flottant dans les cieux comme un ange, ugh. L’Opéra a été plus profitable pour le metteur en scène pour son OPERA de 1987, en toute vérité.
Ce film a eu sa première nord-américaine au festival FantAsia de ‘99, sous l'ébahissement général. On comprend mieux pourquoi Argento ne s’est pas pointé. Note inutile : j’ai changé de place trois fois pendant la projection… et le film n’était pas meilleur là ou ailleurs.

TÉLÉVISION

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1983) États-Unis
Par Robert Markowitz
Avec Maximilian Schell, Jane Seymour, Michael York

On dit de cette télésérie qu’elle est la plus mauvaise adaptation du Fantôme jamais réalisée. Vraiment? À ce que j’ai pu comprendre, elle n’a été diffusée qu’une fois. L’histoire est transposée de Paris à Bucarest et Jane Seymour y tient deux rôles, aucun avec conviction, paraît-il. Maximilian Schell est le Fantôme et je n’ai malheureusement pas pu déniché de photo de son personnage (et avec un maquillage de Stan Winston, en plus!).
Le film a été diffusé le 29 janvier 1983.

THE PHANTOM OF THE OPERA
(1990) États-Unis
Par Tony Richardson
Avec Charles Dance, Burt Lancaster, Teri Polo

Charles DanceInspiré par le succès de la comédie musicale avec Michael Crawford, voici un téléfilm présenté en deux parties (la première le 18 mars 1990) avec un Fantôme mélancolique et romantique. Tourné à Paris avec une excellente distribution, il ne faut pas s’attendre ici à des scènes d’horreur sanglantes, ni à aucun élan de cruauté. Même, si je me souviens bien, on ne voit pas la face du Fantôme une seule fois! Un peu trop mou, à mon humble goût, quoique bien joué. En fait, Burt Lancaster a eu une nomination pour Meilleur acteur dans une télésérie aux Golden Globes de 1991 (le film a été nominé pour Meilleure minisérie).
Une histoire d’amour, purement et simplement, qui a l’avantage d’avoir été tourné sur les lieux même de l’intrigue.

VARIA

EL FANTASMA DE LA OPERETA
(1959) Mexique
Par Fernando Cortes
Avec Pedro de Aguillon, Sonia Furio

Une version mexicaine de l'honorable histoire, avec un traitement comique. À ma connaissance, ce film n'a jamais été distribué en dehors de son pays d'origine, mais a peut-être pu être diffusé dans des stations télévisées latines.

YE BANG GE SHENG
(1961) Hong Kong
Par Yuan Quifeng
Avec Zhou Lai, Le Di

Une version orientale maintenant, gracieuseté des studios des Shaw Brothers, où le futur Fantôme se fait arrêter pour ses activités communistes, paraît-il, ce qui le rend particulièrement amer.

IL MOSTRO DELL’OPERA
(1964) Italie
Par Renato Polselli
Avec

Vampire of the OperaMes infos sont assez maigres sur ce titre, qui semble nous proposer les tribulations de jeunes acteurs dans une salle opéra déserte qui sont séduit par une femme-vampire. En observant le poster ci-joint, on constate qu'un sympathique mec (vampire?) en tuxedo semble de la partie. Le titre français de cette production semble être L'ORGIE DES VAMPIRES, alors on peut imaginer qu'un certain érotisme typique des films d'horreur italiens de l'époque est au rendez-vous. Mais à part le titre anglo-saxon THE VAMPIRE OF THE OPERA, la relation avec notre Fantôme classique semble un peu mince.

PHANTOM OF THE PARADISE
(1974) États-Unis
Par Brian De Palma
Avec William Finley, Paul Williams, Jessica Harper

William FinleyBrian De Palma y va de sa version rock’n’roll de la vénérable histoire, mêlant également des bouts de la légende de Faust au mix, résultant en un scénario fort ingénieux. Un échec monumental à sa sortie (malgré une date judicieuse, le 31 octobre 1974), ce film nous rappelle à quel point De Palma n’hésitait pas à se servir de tous les trucs possibles pour conter son histoire. Dans un certain sens, ce PHANTOM allait être précurseur du ROCKY HORROR PICTURE SHOW, surtout avec le personnage de Beef.
Voilà un des rares films qui a vieilli… mais qui demeure hautement distrayant. Comment Jessica Harper n’est-elle pas devenue plus grande star?
À été pendant quelques années mon film culte favori, mais qui suis-je pour parler? La bande sonore de Paul Williams demeure excellente et appropriée (et a été mise en nomination pour les Oscars). Super costume, super masque pour notre vilain, de plus.
La retenue n’est pas au rendez-vous et on se régale. Fait inusité : c’est le créateur de TWILIGHT ZONE, Rod Serling, qui fait l’introduction narratrice.

PHANTOM OF HOLLYWOOD
(1974) État-Unis
Par Gene Levitt
Avec Jack Cassidy, Skye Aubrey, Jackie Coogan

Film de télévision où un tueur masqué se terre dans un ancien studio de cinéma et prend vengeance quand des nouveaux propriétaires veulent raser le tout. Mes souvenirs sont très vagues à ce sujet; je crois que ce Fantôme avait plus l’allure d’un lutteur mexicain masqué qu’un compositeur maudit au visage brûlé par l’acide.

PHANTOM OF THE MALL : ERIC’S REVENGE
(1989) États-Unis
Par Richard Friedman
Avec Derek Rydall, Jonathan Goldsmith, Pauly Shore

Phantom of the MallUne version destinée aux adolescents? Voilà un mec qui prend vengeance contre ceux qui ont brûlé son logis (et lui-même, il va sans dire) dans le but de construire un centre d’achats!
Pas assez drôle pour être une vraie parodie, pas assez horrifique pour être un film d’horreur pur, ceci n’est qu’une curiosité qui, à la base, aurait pu développer un certain potentiel.
Ne pourra rivaliser avec le centre d’achats cinématographique le plus célèbre de tous les temps, celui utilisé par George A. Romero dans DAWN OF THE DEAD.

PHANTOM OF THE RITZ
(1992) États-Unis
Par Allen Plone
Avec Peter Bergman, Deborah Van Valkenburgh, Joshua Sussman

Un autre traitement comique, où le Fantôme hante une salle de projection.

EN TERMINANT

On a souvent entendu parler d’une prochaine adaptation au cinéma, musicale cette fois. Le nom d’Antonio Banderas a déjà été discuté pour le rôle titre, même l’implication de John Travolta, à un certain moment. Le projet semble toutefois abandonné depuis des mois.
Le Fantôme reviendra sûrement un jour ou l'autre, étant devenu un des grands immortels ...

Benoît Chénier

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